Au château

Quand j’avais reçu l’invitation, je m’étais dit que c’était une bonne idée mais après autant d’années, aurions-nous encore des choses à nous dire. Après tout, les rencontres internet, il parait que c’est superficiel. J’avais envie d’y aller, je dirais même que j’en avais besoin, alors nous avons organisé les vacances autour de cet objectif.

Malgré ma patte cassée la veille, nous sommes arrivés là-bas comme prévu. Tous n’étaient pas arrivés. Tous ne sont pas venus, les aléas de la vie. Certains n’ont fait que passer. D’autres sont restés quelques jours. D’autres encore sont passés après notre départ. Je ne connaissais pas tout le monde et ça a été de jolies rencontres.

Nos enfants ont joué et colorié ensemble. Ils ont ri. Ils se sont battus. Ils ont pleuré. Ils ont sauté dans le château gonflable. Ils ont échangé leurs Lunii. Ils ont mangé en douce installés dans les escaliers. Nous ne savions pas toujours où ils étaient, parfois chambre 7, parfois introuvables. Certains les ont accompagnés à la plage. D’autres m’ont tenu compagnie alors que je restais échouée sur des canapés, ma patte folle surélevée. On m’a apporté à manger ou de la bière. Celle au seigle restera ma préférée. J’ai appliqué de la crème sur des piqûres de guêpe, fait des câlins à des enfants qui ne sont pas les miens, négocié des dessins animés pour faire passer les pleurs. Je me suis goinfrée de charcuterie en me disant que quand même la France c’est bien cool. Je me suis promenée dans le château mais finalement je ne suis jamais montée voir le premier étage et encore moins le deuxième. J’ai savouré des gaufres. Je n’ai jamais réussi à trouver le temps de feuilleter ce livre de jardinage qui se déplaçait dans le château au gré des jours. Je n’ai pas eu besoin d’aller m’isoler pour fuir les gens. J’ai regardé les étoiles couchée dans l’herbe et j’ai eu bien du mal à me relever.

En presque dix ans, nous avons tous changé. Nous sommes plusieurs à avoir cette lassitude vis-à-vis de ce travail. Certains ont fait un burn out. D’autres ont changé de voie, de façon plus ou moins radicale. Le fait d’avoir quitté la France ne m’a pas épargnée. Quelques-uns aiment encore ce métier.

Il y a dix ans, nous étions allés voir Touraine ensemble. Je ne sais toujours pas pourquoi elle nous avait fait venir. Elle ne nous avait pas écoutés. Le système s’enfonce comme nous lui avions expliqué. C’est probablement parce que c’est ce qu’ils veulent.

Nous avons tous changé mais nous nous sommes retrouvés comme si nous nous étions quittés hier. Je me suis sentie heureuse. J’ai senti de la bienveillance, beaucoup de douceur. Ça m’a peinée de partir. Et j’ai pensé qu’il ne faudrait plus attendre dix ans. Trois peut-être, maximum cinq. Ça fait tellement de bien.

Merci Émilie. Merci Philippe. A bientôt j’espère.


2 réflexions sur “Au château

  1. Tu t’es cassée la jambe ? Peut être en as tu parlé sur un autre réseau social, n’étant plus sur le truc X. J’espère que ce n’est pas trop grave 😟

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