Préambule : ce texte date de 2019, quand j’ai pris l’avion pour aller chercher ce qui un jour me regarderait avec ses yeux immenses en me disant « je t’aime, gros cul » puis partirait en courant.
La fois passée, je m’étais confortablement installée dans l’avion. Peu après le décollage, j’avais fermé les yeux et visualisé le jardin. Je l’avais auparavant bien préparé, les deux trous étaient prêts. J’y ai mis les graines, et deux tombes sont apparues. Paniquée, j’ai ouvert les yeux. J’ai poursuivi le voyage avec une sensation de malaise, j’y suis quand même allée, tout était programmé, je ne pouvais pas annuler. J’ai fait semblant d’y croire jusqu’au test.
Alors j’ai pris le temps de dire adieu à l’enfant sans visage. J’ai planté un cèdre.
Et puis je suis montée dans un autre avion. J’ai refermé les yeux, malgré la peur, j’ai laissé les tombes dans un coin du jardin, ces petites croix en bois sans nom, auxquelles s’est ajoutée celle de l’enfant sans visage. J’ai planté les graines, et il ne s’est rien passé, rien de grave, rien d’effrayant. J’ai fait le voyage.
Au retour, j’ai fermé les yeux, et j’ai vu un arbre bleu pousser, élancé, qui a grandi très vite, multipliant ses branches. J’ai bien tenté d’en faire pousser un autre, sans succès. Le bleu n’a pas cessé de grandir.
L’espoir a grandi.