Adieu bouboule

Je m’assieds sur la marche. La pierre est froide sous mes fesses. Le café dans ma main, lui, est déjà tiède. Étonnamment, il fait beau. Ce côté de la ferme est encore à l’ombre mais c’est celui où je me sens le mieux. Devant, le banc au soleil est exposé au passage, et donc aux contacts humains, je n’en ai pas envie ce matin.

Godzilla passe devant moi en miaulant. Elle s’arrête brutalement et regarde à l’intérieur de la maison. Je suis son regard. Xéna nous fixe à travers la vitre. Bientôt elle pourra sortir. Pour le moment, elle maltraite les plantes intérieures et le canapé, heureusement que Simon n’est pas là ces temps pour voir ça. Elle a réussi à casser l’élastique du jouet à grelot. Encore un truc à réparer. Je fais rapidement la liste de tout ce que je dois faire avant les vacances. Tout ne sera pas terminé. Il faut au moins finir de réinstaller les câbles d’arrosage que la fouine a mangés, au cas où l’été finirait par arriver.

La semaine passée, j’avais dit à la psychiatre que peut-être je pourrais travailler. Puis il y a eu ces deux jours de bricolage du début de la semaine qui m’ont rétamée. J’ai mis deux jours à me remettre. Et j’ai compris son sourire quand elle m’a dit « arrêtez de lutter, acceptez, reposez-vous ». Je n’y arrive pas.

Mon regard porte au fond du jardin vers ce petit panneau où est dessiné Gudule. Il me manque. Il me manque beaucoup. Je repense à ce petit chaton, plein de puces, respirant difficilement qui était un jour apparu sur notre terrasse et que j’avais nourri. Ce chaton malingre était devenu un très beau chat à poils mi-longs. Il n’était pas le plus intelligent et il avait peur de tout le monde, mais il avait une confiance absolue en moi. Il s’étalait sur nous, occupant l’espace, réclamant des câlins. Il avait supporté sans broncher les maltraitances de Boubou petit sans jamais répondre, griffer, mordre. Quand il rentrait à la maison, il annonçait sa présence de ce miaulement qui ressemblait à une porte qui grince et on ne pouvait le confondre avec aucun autre.

Je me revois la semaine passée lui courant après dans le jardin pour tenter de lui arracher cet oiseau de la bouche. Je n’avais pas réussi. Je repense à tout, les câlins de ces dernières semaines, les moments de nourrissage, ses siestes dans les buissons ou sur le spa. Qu’ai-je raté ? Je ne saurai jamais. Il y a aussi les et si. Et s’il n’avait pas plu, et si je n’avais pas eu de fièvre et des courbatures ce jour-là, serais-je sortie… Aurais-je pu faire quelque chose ? Je ne saurai jamais.

Ce n’était qu’un chat après tout. Mais c’était le mien. C’était mon Gudule.

Mon café est fini. J’ai assez pleuré pour aujourd’hui. Et j’ai froid aux pieds. Je rentre et je retrouve Xena tentant d’escalader un dossier de chaise. Elle est arrivée à un drôle de moment chez nous. Le hasard parfois, ne fait pas si mal les choses.


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