Il a neigé cette nuit. Oh pas grand chose mais aujourd’hui à l’arrêt de bus, tous les enfants couraient partout avec le sourire. Même Boubou, qui ce matin m’a reproché de l’avoir réveillé car il voulait encore dormir, avait oublié sa bouderie. Nous sommes allés choisir un manteau d’hiver à sa taille mardi. Le lendemain il neige déjà. Le timing est parfait. Il ne comprend pas pourquoi il neige alors que ce n’est pas encore son anniversaire. Il n’a pas fini de se poser des questions sur le climat le pauvre. Le bus apparait à peine qu’il m’a déjà oubliée. Pas d’au revoir, pas de bisou. Il faut que je m’habitue à n’être là que s’il en a besoin. Il grandit.
En rentrant au chaud, je me fais couler un café en écoutant des TedX. Je regarde la pile de paperasses non traitées qui ne fait qu’augmenter depuis le début de ma formation. J’attrape le carnet de ma todolist, que j’ai mise de côté depuis un mois. Arriverai-je un jour à attaquer toutes ces factures en suspens depuis un an et à les envoyer aux patients ? Où trouverai-je cette année la force de faire des bredeles ? Je pense à envoyer quelques WhatsApp. Et finalement je n’en envoie qu’un, à Thaïs, le temps nous est compté. Je lance une playlist lo-fi. Il y a tant de choses à faire mais mon dos me fait si mal aujourd’hui. Une façon pour mon corps de me dire de me reposer. Pas sûr que je trouve la force d’aller à Lausanne tout à l’heure puis de porter mon violoncelle. Je me laisse un peu de temps pour décider. Certes, ça pourrait me faire du bien au moral de faire des tours d’escalator. J’ai encore des démarches à faire pour mon ancienne société. Les mails s’accumulent à ce propos. J’aimerais que quelqu’un s’occupe de ça à ma place. Ça va finir au tribunal cette histoire mais je n’ai pas peur malgré les récentes tentatives d’intimidation.
Je repense à ces conférences où des gens expliquent comment devenir une meilleure version de soi-même. Je me demande jusqu’où on doit changer pour enfin être satisfait. Je suis plutôt fière de moi ces derniers temps. J’ai survécu aux idées suicidaires, au mal qu’on m’a fait, j’ai à nouveau des projets plein la tête, j’arrive à dire « j’ai confiance en moi ». Je reçois encore des mots de patients me remerciant. Ai-je encore des choses à prouver ? Non, quoique, à moi-même peut-être. C’est même sûr. Et ce sera toujours comme ça. C’est ce qui motive finalement.
Je monte les escaliers avec ma pile, je m’installe à mon bureau, j’ouvre mon ordinateur. La musique m’a suivie, quelques notes au piano, ça crachouille comme un vinyle. La pile de papiers est là, elle me regarde. Sur le haut, cette facture pour prolonger la validité de mon autorisation d’exercice. Bon. Toutes les décisions n’étant pas prises, je vais faire traîner tout ça encore quelques temps. Payer cette facture, répondre au notaire. Je vais commencer par là : prendre le temps. Me laisser bercer par les courants.