Assise à cette formation, pendant que j’écoute chacun raconter comme chaque matin sa soirée, sa nuit, son réveil, son humeur, ce que ces quelques jours de questionnements intérieurs font progressivement ressortir, je pose ma main sur mon cahier de pensées et fais glisser mon stylo le long des contours. Dans le pouce de ma main dessinée, j’écris Quentin. Dans l’index, Ange. Dans le majeur, Georges. Dans l’annulaire, Jean-Kévin. Dans l’auriculaire, Violette.
D’un coup, et c’est vertigineux, dans ma tête, j’ai cette impression de pièces de puzzles qui se mettent en place. Comme si des explications se trouvaient, seules, à des questions jamais verbalisées.
J’ai longtemps pensé que je n’aurai jamais d’enfant. Je n’en voulais pas. Et puis en stage d’oncopédiatrie j’ai rencontré Quentin. Ce petit blondinet aux grandes oreilles. Cet immense amour qui a explosé en moi quand nos yeux se sont croisés. Cette envie d’emmener cet enfant loin de tout, des traitements, de la souffrance, de la maltraitance de ses parents.
Plus tard, Ange est mort dans mes bras. Le cri déchirant de sa mère me transperce encore aujourd’hui. Je me souviens de ses si longs cils sur ses yeux fermés dans lesquels je n’ai jamais vu la vie, nous ne nous sommes pas rencontrés un bon jour. Je lui ai tenu la main au moment où il est parti.
Quelques années après, Georges a choisi de ne pas rester avec moi. Il est resté à mes côtés quelques temps, pour que je ne sois pas seule. Jusqu’à ce que je le laisse partir.
Jean-Kévin, lui, est resté, il s’est bien accroché. Son arrivée m’a submergée, comme un tsunami. Il a fait s’effondrer les murailles et les constructions fragiles de ma vie. Il a tout balayé et occupé tout l’espace disponible. Depuis il illumine chacune de mes journées de son sourire. Sourire encore plus communicatif depuis qu’il y manque deux dents. Il remplit le silence de ses élucubrations sur les pokemons ou sur dragon ball, ses questions sur Jupiter et ses lunes, ses histoires de copains et de cabane dans la forêt, ses interrogations sur la mort…
Je sais maintenant que je ne rencontrerai jamais Violette, elle restera mon rêve, mon espoir envolé. Je suis en paix avec ça. J’ai compris que mon corps n’aurait pas supporté une deuxième grossesse aussi éprouvante. Il faut déjà que je répare ce qui est cassé.
Il me reste encore une main, cinq doigts, l’avenir me réserve peut-être encore d’autres rencontres.
Qu’il est doux ce billet, qui mêle larmes, joie et amour dans un ensemble d’émotions qui fait vibrer une vie…
je vous lis depuis…la Normandie je pense… et ces partages résonnent au fil du temps.
je vous souhaite encore de belles et lumineuses rencontres, et de très nombreuses chasses aux Pokémon
(PS : les Pokedex, ce sont des heures de passion pour un jeune dresseur, et des heures de tranquillité pour ses parents)
J’aimeJ’aime