Fièvre

Jean-Kévin tète, collé tout contre moi. Ses yeux papillonnent. Par moments, ils se ferment, il cesse de téter et sa bouche s’entrouve doucement. A chaque fois que je crois que c’est gagné, il rouvre les yeux et tète à nouveau. Il est épuisé mais il ne cède pas au sommeil. Je regarde ses longs cils, les mêmes que son papa, sa petite cicatrice de varicelle sur le front, celle du forceps sur la tempe, sa peau toute douce. Je caresse sa joue, bien rouge, la fièvre malheureusement. Il ne faudrait pas qu’il tète trop longtemps, il vomirait encore.

Je ne sais pas comment je ferai demain. Mon planning est plein. Il y a bien cette possibilité d’appeler cette association dont on m’a parlé. J’appréhende un peu vu comme cela a été difficile aujourd’hui quand j’ai dû aller le chercher en urgence à la crèche et le laisser à mes assistantes, qu’il connait pourtant, pour pouvoir finir ma journée. Mais ce serait pour le garder à la maison. Ce serait peut-être différent.

Je me sens fatiguée. Fatiguée de courir entre les réveils nocturnes, les innombrables lessives de ces derniers jours du linge sali par le vomis, les tentatives de le faire manger, l’angoisse qu’il perde le poids durement gagné ces derniers temps, le stress déjà présent du nouveau boulot de Simon.

Je repense à cette consultation pendant laquelle j’ai pris des décisions dont j’ai douté en relisant mes notes avant de rentrer ce soir. Aurais-je réfléchi autrement si la crèche ne m’avait pas appelée juste avant et que je ne tentais pas d’organiser dans ma tête comment gérer les choses. Cela aurait-il été mieux si j’avais annulé ma journée de consultations et gardé Jean-Kévin à la maison ? Peut-être… Mais il allait mieux et réclamait à grands cris d’aller à la crèche ce matin. Et annuler les consultations ne fait que reporter ma charge de travail à plus tard, augmente celle des autres et déclenche inexorablement les reproches des patients envers les assistantes.

J’ai l’impression de ne rien faire correctement.

Jean-Kévin s’endort. Je vais pouvoir aller manger. Nous verrons comment se passe la nuit. L’association ne répond plus à cette heure de toute façon. Nous verrons demain matin. Nous verrons bien.


5 réflexions sur “Fièvre

  1. Coucou, je suis heureuse de te lire ici mais triste pour toi de toutes ces complications. J’espère que tu as trouvé une solution peut-être avec cette association. Plein de courage

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  2. Oh je suis vraiment désolée pour vous. C’est tellement dur de réussir à jongler entre toutes les préoccupations… Bon courage, j’espère que JK se remettra vite…

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  3. Ma mère disait que les jeunes mères qui travaillent sont pour la plupart en surmenage (elle aussi travaillait).
    Comme médecin, que dites-vous aux jeunes femmes dans ce cas ?
    Pouvez-vous avoir de l’aide de votre entourage ? Ou les moyens de rémunérer quelqu’un ?
    Demander de l’aide n’est pas un signe d’incompétence, passer le relai non plus.
    Bon courage.

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