C’est l’heure où les parents viennent. Depuis que je suis arrêtée, j’essaie de venir un peu avant ou après le rush mais aujourd’hui, j’ai raté mon objectif.
Quand j’arrive, l’animatrice tente de respecter l’ordre d’arrivée de chacun pour faire les retours. C’est l’effervescence. Comme d’habitude, pendant ce temps, Jean-Kévin fait semblant qu’il ne m’a pas vue alors que nos regards se sont croisés. Aujourd’hui, tous les enfants sont à la fenêtre car il y a dans la rue une pelleteuse de belle taille et une pelleteuse c’est toujours captivant. Je range les affaires en attendant mon tour. Finalement la pelleteuse perd de son intérêt et JK daigne venir me faire un câlin. Il râle car son dessin, la merveille du jour, n’est pas dans son sac et semble introuvable. Il retourne le chercher.
Au milieu de l’agitation, une maman entre, un foulard sur la tête, tente elle aussi de faire venir son enfant. C’est un petit garçon que JK avait invité à son anniversaire. Lui aussi se cache et finit par venir apporter sa boîte à goûter. Elle a les larmes aux yeux. Elle s’excuse auprès de moi. Je lui souris. Elle se justifie en disant qu’elle est émue car cela fait bien longtemps qu’elle n’était pas venue. Je ne l’avais jamais vue mais je sais qui elle est, son mari m’en avait touché quelques mots à l’anniversaire. Je réponds c’est bien normal, ça fatigue les chimios. Elle dit oui, et en plus ils ont tapé fort, car elle est jeune, elle me montre que les cheveux repoussent sous le foulard, elle dit que ce n’est pas facile à cacher. Elle ajoute qu’il ne reste que quelques séances de rayons. Elle dit qu’ils ont été très seuls mais que sa famille a pu venir du Maroc et qu’elle a pu se reposer. Elle se souvient de l’anniversaire, son mari y avait emmené les deux enfants et même le grand avait adoré. Je me souviens aussi très bien du sourire de cet enfant qui avait été si content de repartir avec une pochette souvenir alors que ce n’était pas lui l’invité.
Je m’en veux car j’avais hésité à leur mettre un petit mot suite à l’anniversaire, pour leur proposer de l’aide mais elle je ne l’avais jamais rencontré et puis je n’étais pas au top à l’époque. Pendant qu’elle se battait contre son cancer, je me battais contre mes idées suicidaires.
Finalement le retour de la journée est vite fait. C’était une bonne journée pour Jean-Kévin. Le merveilleux dessin de Mufasa et Simba a été retrouvé. Le drame a été évité.
Je demande à JK de ramener ses doudous. Elle rit en expliquant que leurs doudous sont à la machine car depuis qu’elle n’est plus venue, son mari ne les a jamais nettoyés. Elle reprend les choses en main, me dit-elle.
Nous reprenons toutes les deux les choses en main. Petit à petit. J’espère que ses résultats seront bons. Je crois que je vais lui mettre un petit mot.
Une fausse-couche puis une grossesse non évolutive entre mes 2 fils, ily a plusieurs années. J’ignore pourquoi mais je reste persuadée que ç’aurait été des filles. J’étais au tapis à chaque fois et j’y repense parfois, plus de 20 ans après. Ce sont des douleurs qui nous accompagnent longtemps, mais qui, comme toutes les autres, s’adoucissent
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