Des larmes à la lumière

Je dois emmener Xena se faire opérer ce matin. Quand elle se débat pour ne pas entrer dans la boîte de transport, Jean-Kévin, super content de nous accompagner, m’aide. Il est fier quand je le remercie. C’est la première fois qu’il vient chez le vétérinaire. Il ouvre de grands yeux. Nous ressortons de là sans elle. Il s’indigne, il pensait voir l’opération.Je lui explique que c’est un bloc opératoire et que moins il y a de monde mieux c’est, mais que si plus tard, cela l’intéresse toujours, on pourra demander qu’il assiste un vétérinaire une journée. La réponse le satisfait. Il dit qu’il viendra la chercher avec moi. Je réponds que non, parce qu’il part avec Simon chez mamie tout à l’heure. Il râle, il ne veut pas aller chez mamie, alors que je sais qu’il aime ça. Je réponds que papa va l’emmener au McDo sur la route. Avec des frites ? Si c’est avec des frites, alors oui il veut bien aller chez mamie. Ça tient à peu de choses l’accord d’un enfant. Quelques frites. Un nugget.

Je lui propose d’aller déjeuner au salon de thé. Il préfère jouer à l’aire de jeux. Alors nous passons à la Migros chercher un café froid pour moi et ces petits pains qu’on ne trouve pas en boulangerie. Il a soif, il veut de l’eau, je n’ai pas pris la gourde. Il ajoute une bouteille d’eau et des bananes à notre panier. Comment aurait-il survécu dans un monde sans bananes ni beurre de cacahuètes… Je me pose sur le banc au bord de l’aire de jeux. Il vient de temps en temps picorer son petit pain. Il engloutit une banane. Je savoure le café. Il fait froid sous mes fesses et dans l’air mais cela est très agréable. Je le regarde grimper dans ces espèces d’araignées en corde. Le soleil commence à percer au dessus des immeubles. L’air se réchauffe. Et puis Jean-Kévin se lasse alors nous rentrons.

A la maison je finis sa valise et lui demande de choisir ce qu’il veut emporter comme occupations. Quand je ferme la valise, il me montre ce qu’il a choisi : un serre-tête Lindt à oreilles de lapin et un caillou peint en bleu. Moui, bon. Heureusement que j’ai déjà préparé un panier avec des jeux et des livres d’occupation. Il y ajoute son serre-tête et son caillou.

Je suggère qu’on colorie ensemble. Il préfère qu’on aille dans la cabane. Ok. C’est plus difficile pour moi que pour lui d’y entrer. J’ai vraiment fait une toute petite porte. L’espace est serré sous cet escalier mais il y fait, depuis le début et à ma grande surprise, chaud. L’isolant que j’ai mis sous le tapis doit aider. Les gros coussins et la guirlande donnent un côté douillet. Il veut qu’on s’envoie son petit singe. Cela devient un jeu où on marque des buts. Il triche. Il rit, je ris. Je ressens au fond de moi une joie immense. Je suis là où je dois être à cet instant.

Simon a fini de travailler, il frappe à la porte, il est temps qu’ils partent. J’aide à charger la voiture et je les regarde s’en aller, le cœur à la fois gros de les voir s’éloigner et léger de cette formation qui s’annonce.

Il y a trois ans, je touchais le fond des abîmes de la fatigue, je n’aurais pas pu creuser plus profondément. Plus récemment, j’avais très envie de me jeter sous un train. Pendant longtemps, j’ai pensé être la maman la plus nulle de l’univers. Celle qui n’arrivait pas à nourrir son enfant et à qui tout le monde disait que tout allait bien. Celle qui n’avait pas la force de jouer avec son fils. Celle qui appréhendait les week-ends et pire, les vacances, parce que c’était trop difficile.

Aujourd’hui, je suis fière de notre parcours. Je suis fière de moi, de la maman que je suis devenue. Je profite à fond des moments que nous passons tous les deux, tous les trois. Je découvre comme il est bon de colorier ensemble, comme cela libère sa parole et comme il se raconte. Je découvre la créativité dont il fait preuve pour inventer des jeux, des spectacles, des bricolages. Je profite de tout ça.

A toutes celles qui traversent une dépression du post-partum, je voudrais dire qu’au bout il y a la lumière, au bout il y a les moments doux, au bout il y a un enfant qui te sourit, il y a au fond de toi cet amour qui déborde, ce sentiment d’être à ta place et d’avoir fait les bons choix. Ce n’est pas parce que ça a mal commencé que ça doit mal finir.

Oui, vous avez le droit d’aller mal. Avoir un enfant peut être une épreuve gigantesque. Ne restez pas seule :

  • Contactez un psychologue, un psychiatre, votre médecin traitant
  • il y a des lignes d’urgence pour la crise suicidaire : en france le 3114, en suisse le 143
  • l’association Maman blues est là, à tous les stades de la grossesse et quand l’enfant est là
  • le mail du matin des Fabuleuses est un petit bonbon
  • on peut retrouver du temps pour soi juste en se posant le matin sur une terrasse cinq minutes pour un café, cinq minutes pour respirer, sans téléphone, sans rien
  • on peut retrouver du sens en appelant au secours, en demandant de l’aide, à ses ami/es, à sa famille.

Vous n’êtes pas seules, vous n’êtes pas la seule.

Si vous avez d’autres contacts, ajoutez les en commentaires. Je les ajouterai à la liste.


8 réflexions sur “Des larmes à la lumière

  1. Soulagée que vous alliez bien et que le tunnel soit derrière vous. Je ne vous connais pas personnellement, mais je vous suis depuis longtemps, j’ai eu des larmes de joie pour vous quand vous avez eu Jean-Kevin et je me suis inquiétée quand j’ai vu que ça n’allait pas. Je pense ne pas être la seule dans ce cas 🙂 Embrassez bien votre petit tant qu’il est encore d’accord 😊 Le mien a bientôt cinq ans et demi, il réclame encore des bisous et des câlins, et j’en profite à fond parce que je me doute bien que ça ne va pas durer toujours et que c’est le seul que j’ai. Je vous embrasse en pensées.

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    1. Boubou a bientôt 5 ans. Les câlins s’espacent mais il ya quand même une grande proximité physique. C’est dur de sentir l’éloignement même si c’est génial de le voir grandir.
      Pareil, je n’en ai qu’un alors je profite.
      Je vous embrasse

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  2. Le mien à 32 ans et sa soeur a 39 ans. Leur grand plaisir, lorsque nous sommes seuls tous les quatre ou tous les trois si l’un d’eux n’est pas là, c’est de se faire gratouiller le dos, que je leur fasse des câlins, comme quoi après l’adolescence, ils aiment bien de temps en temps que leur maman les câline 🥰

    Ce billet fait du bien, c’est vrai que nous sommes sans doute beaucoup de lecteurs, à avoir eu envie de te prendre dans nos bras lorsque cela n’allait pas du tout. Et je te souhaite que cela aille de mieux en mieux.

    Je t’embrasse

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