Accompagner

Je regarde les reflets dans mon verre de vin que je fais doucement tourner dans ma main. Je crois que nos mômes sont devant la télé. Enfin j’espère parce que tout à l’heure ils sont revenus tout fiers de s’être mutuellement tartinés de feutres de toutes les couleurs et les œuvres n’avaient pas besoin d’être améliorées, elles étaient déjà bien couvrantes. Étrangement ça m’a plutôt fait rire. J’ai fait les gros yeux comme les autres parce qu’il faut une cohésion de l’équipe parentale, mais bon, en dedans j’ai bien rigolé. J’ai juste pensé qu’il allait falloir en enlever un maximum avant la crèche demain.

Je réponds « tu sais, moi je ne suis là que pour accompagner les gens, je ne suis pas là pour leur dire quoi faire de leur vie, je suis là pour ouvrir mes oreilles, écouter, acquiescer ou commenter, les toucher s’il faut, gérer l’urgence, la douleur, les symptômes mais en fait c’est juste être là quand ils ont besoin de moi, ils savent qu’ils sont gros, qu’ils bouffent trop et qu’ils ne font pas de sport, parfois on en parle, souvent non, je leur demande s’ils veulent en discuter, s’ils ont des questions, je suis là pour ne pas juger, les accompagner dans leur vie s’ils ont besoin, quand ils ont besoin, quels que soient leurs corps, leur sexe, leur appartenance religieuse, leurs connaissances médicales ou l’absence de connaissances médicales, leur statut social, leur job, ce qu’ils votent, et ça parfois c’est pas facile parce que voter UDC est-ce qu’on peut pardonner ? « . Je ris.

Il dit « c’est marrant j’ai jamais entendu un médecin dire ça ».

« Je ne crois pas être la seule à penser comme ça, peut-être qu’on n’est pas la majorité, ce n’est pas ça qu’on apprend, on n’apprend pas le respect de l’autre, à demander son accord, on n’apprend pas qu’on n’est pas là pour donner des ordres, au contraire, faut manger ceci, faire celà, on n’apprend pas les corps différents, gros, trans, tatoués, multiopérés, on n’apprend pas l’humanité, on apprend la normalité ou ce qu’on pense être LA normalité et les maladies. Y a tellement de choses qui ne sont pas de la maladie ».

Il ajoute « t’es vraiment différente, toi ».

Oui peut-être. C’est dommage.


4 réflexions sur “Accompagner

  1. Respect ou indifférence ? Pour moi, quand une personne fonce droit vers un mur, le respect c’est l’aider à tourner un peu le volant (ou à envisager de le faire).

    La maladie, la mort, c’est pas une question de normalité. Ni de fatalité (cf l’épigénétique)

    Attention aussi à notre regard, à ne pas abandonner celui-là, en fonction d’un préjugé social, ou d’une croyance médicale, en estimant qu’il ne changerait jamais.

    Il y a des outils, comme l’entretien motivationnel, l’intervention brève, les IPA dans le suivi des maladies chroniques.

    C’est d’ailleurs dommage que la Sante Publique fasse si peu. Les lobbies font bien leur boulot (hier la ministre de la santé a reculé sur la taxation des produits sucrés, envisagée la veille !)

    NB je suis médecin dans la prévention ! 😄

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    1. Je crois qu’il y’a une énorme différence entre l’indifférence et l’acceptation de l’autre dans ce qu’il est. Et quand j’entends ce qu’on me raconte, j’ai honte de faire partie d’un corps médical qui ordonne. Je ne suis pas là pour juger. Et je n’ai jamais abandonné aucun patient. C’est bien mal me connaître.

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      1. Excusez-moi, je me suis crû sur un chat de discussion. Supprimez-donc mon message.

        Nb Concernant le patient, ne pas confondre respect de ce qu’il est et respect de ce qu’il fait.

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    2. Quel est le rapport avec ce qui a été écrit ? Qu’est-ce qui fait penser à de l’indifférence ? Où est-il écrit qu’elle s’en cogne et qu’elle n’est pas disponible pour en discuter ? Cette réponse est à côté de la plaque, encore plus pour quelqu’un dans la prévention.

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