Petite voix

Je sors de la poste. J’ai enfin trouvé quelques minutes pour passer prolonger la déviation de courrier de ma société. Le changement d’adresse ne sera effectif que quand le notaire aura fait les documents et il m’a bien fait comprendre qu’il est débordé, lui.

Il me reste encore un peu de temps avant d’aller chercher Jean-Kévin alors j’entre dans le magasin de seconde main. J’aime bien voir ce qu’ils ont et ils font de la réinsertion : c’est un endroit gagnant-gagnant. Je dois leur demander si ce manteau que j’ai acheté mais ne me va pas les intéresse. Il est neuf, il est chaud, il pourrait servir.

Je flâne. Je regarde les vinyles. Il y a deux disques de folklore dont juste la pochette vaudrait les 2 francs d’investissement. Mon choix se porte plutôt sur le disque de la danse des canards. Je me dirige vers la caisse. J’attends quelques temps et puis ne voyant personne venir, je secoue la petite clochette.

Je suis coupée dans la contemplation de mon futur achat par un « Bonjour OH MON DIEU C’EST VOUS ».

C’est une ancienne patiente. Elle me demande ce que je fais dans le coin, comment je vais, me dit que son fils se souvient de moi et lui en parle souvent, me confie combien ça a été dur quand elle a appris que je ne reviendrai pas alors qu’elle allait si mal, m’explique le suivi de sa fille depuis mon arrêt, combien aujourd’hui c’est pas pareil, me témoigne son soutien et sa confiance, et me demande surtout de la prévenir si je rouvre un cabinet, parce que vraiment c’est pas pareil avec moi.

La file grandit derrière moi mais elle ne les voit pas. Elle parle, elle parle et ça me touche. Au fond de moi, la petite voix qui me dit que je devrais reprendre parle de plus en plus fort, me dit tu vois bien que tu ne sais faire que ça, arrête un peu de vouloir avoir du temps pour toi, tu es faite pour être médecin, tu dois t’occuper des autres, et puis financièrement ce serait mieux quand même et blablabla. Et puis j’entends cette femme demander si je n’ai toujours qu’un seul enfant. Je saisis la perche et réponds oui d’ailleurs je dois aller le chercher, il va m’attendre oulala. Elle reprend ses esprits, me demande un franc. Je paie et je pars avec mon merveilleux achat.

Quand je sors dans la rue, je respire un grand coup, je regarde le ciel. La petite voix se tait. J’ai oublié de demander pour le manteau.


2 réflexions sur “Petite voix

Répondre à aupaysdesvachesmauves Annuler la réponse.