Dry January

« Non mais sérieusement, demain tu ne bois plus d’alcool ? Alors qu’on est en vacances ? Dry January mais n’importe quoi. Moi j’ai aucun problème avec ma consommation, je bois peu, je vois vraiment pas l’intérêt d’arrêter comme ça, en plus j’ai une fête le 16, franchement ça serait nul si je pouvais pas boire, j’ai vraiment aucun problème ».

C’est amusant. J’ai juste répondu à une question. Je n’ai pas fait de prosélytisme. J’ai dit « ça commence le premier alors je commence le premier ». Elle m’a dit ben commence le 6. J’ai dit non. Elle a continué encore un peu et puis, voyant que je ne répondais pas mais que je souriais juste, elle s’est tue.

Nous sommes nombreux à avoir un problème avec l’alcool. Nous sommes nombreux à le nier. Je m’inclue dedans parce que je sais que je mens, je mens à ma psy et je me mens à moi-même. A moi-même plus trop à vrai dire. Et à ma psy, rarement. Mais quand elle m’a demandé si j’avais fait des excès pendant les vacances, j’ai dit que j’avais bu presque tous les jours (vrai) mais sans excès (faux), trop de crémants pour « fêter ça », pas tant que ça, bien moins qu’avant mais trop par rapport aux recommandations.

L’application TryDry m’a bien aidée à y voir clair depuis le temps que je l’utilise. Bon, là, elle mouline et elle n’arrive pas à me dire depuis combien d’années je le fais. Mais je note quotidiennement ma consommation d’alcool. Et il faut reconnaitre qu’il y a pas mal de mois où mon nombre de jours sans alcool est entre 18 et 20, ce qui pour un mois de février n’est pas si mal mais pour un mois de juillet plutôt pas top et d’ailleurs en aout ça tombe plutôt à 15 parce que les apéros des vacances, c’est bien agréable après une journée de randonnée, et pis quelle idée d’aller en Bourgogne et toutes les excuses sont bonnes.

TryDry m’a permis au début de comprendre que je buvais parce que j’étais fatiguée (mais après le sommeil est moins bon), parce que j’étais hyper stressée (mais l’alcool est dépressogène) et parce que c’est festif (il est bon parfois de se poser la question du pourquoi l’alcool est autant associé à la fête). J’ai pris du recul. J’ai introduit les boissons apéritives sans alcool dans ma vie (mention spéciale au spritz sans alcool Festillant, au SanBitter et aux Schweppes divers particulièrement celui au poivre). Et j’ai modifié ma façon de vivre. A noter que je n’ai pas bu une goutte d’alcool de la grossesse, l’hyperémèse gravidique m’a probablement bien aidée sur ce point (et c’est bien le seul point).

Mon frère va aux alcooliques anonymes. Je ne sais pas depuis combien de temps il n’a pas bu une goutte d’alcool mais j’admire. Je l’admire car chez nos parents, l’alcool coulait à flots. Il coulera peut-être un peu moins suite à l’AVC de mon père mais pour le moment, pour Noël, rien n’avait changé, il était encore à l’hôpital. Pour mon frère, je fais super attention à ce que je lui offre ou prépare et malgré tout, parfois je me plante car un pâté peut contenir quelques gouttes de cognac, les boissons dites « sans alcool » ne le sont pas toujours totalement, certaines sont seulement désalcoolisées, et même un cake aux bananes pourries peut contenir l’alcool fabriqué par les bananes et déclencher une cuite sèche.

Sans surprise, le vin ne protège pas des problèmes cardiaques. La bière n’est pas comme on a pu le lire dans des publicités bonne pour l’allaitement. C’est un toxique, comme le tabac, comme les drogues. Il provoque des cancers, des pathologies hépatiques, des carences, des polynévrites, des problèmes vasculaires, des troubles du sommeil etc. Dans les mois qui suivent le dry january, la consommation d’alcool est moindre, pour des tas de raisons : affirmation de soi, volonté de bien-être, meilleur sommeil, et j’en passe.

Quand quelqu’un vient me dire qu’il n’a aucun problème avec l’alcool tout en se justifiant autant auprès de moi, j’ai du mal à penser que cette personne n’a vraiment pas de problème. Surtout si cette personne envoie ensuite sur un groupe Whatsapp un article mettant en lumière le lobby d’un syndicat alcoolier faisant vibrer la corde sensible du « on ne peut plus rien faire », donc même pas boire en janvier, pauvres petits choupinous.

Or, c’est un choix personnel de faire le Dry January. Si tu viens manger chez moi en janvier et que tu veux du crémant ou un verre de je ne sais quoi, il y en a au frais. Tout comme si le reste de l’année, tu veux un coca ou un san bitter, il y en a au frais (oui j’ai un très grand frigo). Et si tu veux faire le dry january mais que tu bois le 16, c’est entre toi et toi-même que ça se joue. Moi je suis psychorigide avec moi-même et je suis née en juillet, c’était un problème car on ne fêtait pas mon anniversaire à l’école mais ça ne tombe pas pendant le dry january, héhé. Après plusieurs années, je sais que les deux premières semaines c’est facile, qu’à 15 jours je traverse une passe difficile et qu’après ça roule. Sauf si une grosse tuile m’arrive, là clairement je lutte.

C’est d’autant plus étonnant de militer contre le Dry January que ça vient parfois de gens qui s’entrainent pour des triathlons ou autres challenges sportifs, « pour leur bien-être physique et mental ». Et militer pour la « liberté de boire », c’est un peu se fourrer le doigt dans l’œil de la dépendance niée.

Dry January, c’est un choix personnel, c’est une remise en question, c’est une prise de recul. C’est un challenge parfois, certes bien moindre que d’arrêter totalement (encore bravo Antoine). Et il est bon de rappeler que lorsque la consommation est importante, il n’est pas souhaitable d’arrêter seul brutalement, il est nécessaire de supplémenter en vitamines et parfois d’avoir une béquille médicamenteuse.

Nous sommes beaucoup trop nombreux à avoir un problème d’alcool. Il est nécessaire d’en parler.


4 réflexions sur “Dry January

  1. Pour le coup, je pense que l’impact du Dry January (et du billet que tu écris) c’est aussi de remettre au milieu de la pièce le fait que l’alcool a des effets concrets qu’on feint d’ignorer généralement.
    C’est fou à quel point, de mon côté, c’est la parentalité qui m’a fait arrêter. Pas possible d’assumer les nuits et les soins sans être sobre. Quand je compare ce que j’ai pu boire au moment des fêtes de fin d’année avec ce que j’ai eu dans mon verre les 3 derniers Noëls… (et vive le Schweps Gingembre-piment).

    Aimé par 1 personne

  2. L’alcool; c’est un sujet vraiment vraiment tabou… Je bois peu parce que je supporte très très mal (la mine à pas cher : un verre plein de vin blanc par ex et je suis pompette de chez pompette). A chaque soirée/repas/fête, il faut systématiquement qu’on me demande de me justifier car ce n’est pas « normal »… Donc je réponds qu’avec un demi-verre je dors… Voilà… On a tenté de me faire croire que du coup, c’était moins fun (oui, c’est sûr que c’est moins fun quand tu es la seule à ne pas faire n’importe quoi), que moi j’étais moins fun, c’est sûr que l’effet désinhibateur, ben, je l’ai moins avec mon coca …

    Peut-être que je poserai directement la question « mais en quoi ça te gêne toi que je ne boive pas »… ça renverra peut-être l’autre à son souci… mais peut-être pas…

    (par contre, j’apprécie un vrai spritz pas dosé pour réveiller un mort, ou un bon blanc ou autre, mais en petite quantité)

    Aimé par 1 personne

Répondre à valeriedehautesavoie Annuler la réponse.