La vie sans Godzi

Oh bien sûr je savais que ça arriverait. Depuis un an et demi que nous étions allés chez le vétérinaire pour les vaccins et que j’avais expliqué que je la trouvais bizarre sans qu’ils ne lui trouvent rien. C’était finalement Gudule qui était mort quelques jours plus tard. Et un an plus tard, Xena. J’avais beaucoup hésité à les prendre mais l’arrivée des deux zozos lui avait apparemment fait du bien. Elle ne leur crachait pas trop dessus. Et elle les laissait même dormir contre elle. Elle avait quand même continué de vomir.

Ces derniers mois, j’ai tâtonné sur l’alimentation, encore plus qu’auparavant. Elle ne pesait plus grand chose. On avait trouvé une forme d’équilibre instable à base de Kiri et de pâtée de luxe. Elle ne sortait plus du tout et elle dormait beaucoup. Elle se posait n’importe où et c’était à nous de faire attention à elle car une fois posée elle ne bougeait plus. Elle continuait quand même de monter et descendre les escaliers pour m’accompagner. J’avais de temps en temps droit à un petit câlin, signe qu’elle n’allait pas très bien.

Vendredi je me suis installée près d’elle pour lui nettoyer les yeux et les moustaches, ce qu’elle ne faisait plus, et je lui ai expliqué qu’elle avait le droit de partir, que je m’en sortirais, que je n’étais plus seule. Samedi elle nous a fait d’énormes câlins, à chacun. Et puis dimanche matin, je l’ai trouvée. Un dimanche, pour qu’on ait le temps, je suis sûre qu’elle l’a fait exprès. Il faisait beau en plus et la neige était molle.

Depuis, je suis contente que Salem et Cosmo soient là. Ils sont très présents et câlins. Les rates recherchent aussi plus le contact. Boubou m’a expliqué que la mort c’est comme ça, que ça nous arrivera à tous, et qu’il n’avait pas envie de pleurer. Simon n’a rien dit, il m’a fait un câlin et il a creusé le trou.

Ca fait bizarre qu’elle ne soit plus là. Elle était finalement bien plus présente à la maison que nous. Et elle nous a côtoyés quinze ans. Quinze ans à regarder par les baies vitrées, à retrousser les babines devant des oiseaux qu’elle n’attrapait plus depuis bien longtemps. Quinze ans à râler sur la bouffe fournie. Quinze ans à accepter les caresses seulement si celui qui les fait doit pour cela se contorsionner et se démonter l’épaule à cause de la distance imposée. Quinze ans à ne prendre que des poses parfaites. Quinze ans à m’accompagner partout : au jardin, aux toilettes, à mon bureau, à la cuisine…

Quinze ans. Un tiers de ma vie.

Malgré ce que je lui ai dit, et les deux qui ronronnent à côté de moi, je me sens quand même un petit peu seule.


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