
Ces temps, quand je me regarde dans le miroir, je vois des rides autour de la bouche. C’est sec aussi. J’ai beau hydrater et protéger du soleil, on voit que c’est de la vieille peau. Et pourtant je n’ai pas huitante ans. J’en suis encore loin. Je suis pas mal fatiguée. Alors que j’écris ces lignes, je baille, j’ai pourtant la nuit passée fait mon meilleur dodo depuis plusieurs jours. Ma mémoire me joue des tours. Mon corps grossit alors que je n’ai rien changé à mon mode de vie. Mes règles, anarchiques depuis toujours, ont décidé que le calendrier partait à la poubelle et qu’elles se pointeraient quand elles en auraient envie, c’est à dire très fréquemment mais pour brouiller les pistes, parfois elles prennent des vacances et reviennent de façon très brutale.
J’ai reçu avant hier un courrier d’un assureur qui me rend des sous au vu « du profil d’âge défavorable de mon entreprise ». Entreprise dans laquelle je suis la seule employée. Ils parlent donc de mon profil d’âge, à moi toute seule. Hum.
Ma nouvelle activité démarre lentement, très lentement. Ça correspond à un allègement dans l’autre qui n’était déjà pas harassante. C’est moralement difficile même si je savais que ça se passerait comme ça. Il y a une différence entre le savoir et le vivre. Ca me laisse du temps pour tous mes autres petits projets et pour envisager une troisième activité. Peut-être que si le centre TDAH me rappelle comme promis, on pourra enfin faire le bilan. Ca me ferait peut-être du bien d’essayer un traitement, ça calmerait peut-être le foisonnement.
Il s’est passé autre chose aussi. Un évènement relationnel que je n’ai pas envie de détailler ici mais qui me fait du mal à l’ego. En d’autres temps, ça me serait peut-être passé au-dessus de la tête mais là ça me touche. C’est un peu la goutte d’eau sur un verre trop plein.
Mes copines qui sont extras m’envoient des petits mots pour me dire que je suis « une meuf trop badass, exceptionnelle, pétillante, brillante, belle comme tout, résiliente ». Alors je les relis, je me le répète, j’essaie d’y croire.
Comme j’attends que les bocaux sèchent pour finir les derniers cadeaux pour les assistantes de l’accueil extrascolaire de Jean-Kévin, je range. Je colle dans l’album photo des souvenirs de Nouvelle-Zélande en pensant que j’ai encore cinq ans d’albums en retard. Trois feuilles tombent. Elles ont été arrachées d’un carnet. Je les regarde. Ce sont des portraits de moi, réalisées par Uber quand nous nous étions rencontrées la première fois. Elle dessinait au stylo et ajoutait un peu de profondeur à l’image avec le fond de son verre de vin. L’un des portraits est annoté « nan mais c’est une meuf chanmé. Et je le savais. Dès le départ en la lisant. C’est une meuf de ouf ». Je relis plusieurs fois. Et je me demande pourquoi, alors que j’ai trois autres dessins d’elle encadrés et au mur qui ne me représentent pas, pourquoi j’ai mis ceux-là dans un endroit dont ils auraient pu ne jamais sortir. Ça aurait été vraiment dommage.
Je repense à la chanson de Rose entendue ce matin, sa nouvelle liste, reprise actualisée de sa Liste. Comment elle est passée de « aller à un concert, pleurer pour un rien, t’aimer de tout mon être » à « aller vers la lumière, croire toujours plus en moi, m’aimer de tout mon être ».
Il est temps d’encadrer ces dessins et de croire mes copines.