Secret of Mana

 

Je ne sais pas trop comment l’idée nous est venue… Peut-être un jour où, regardant les plans de la maison, nous avons pensé que nous pourrions nous faire une salle de jeux vidéo. Dans la pièce du fond, celle où j’aurais bien installé mon bureau. Simon a dit qu’il y poserait bien une télé et nos consoles, comme ça on pourrait ne plus jouer dans le salon. Et j’ai dû dire qu’on pourrait y ajouter une Super Nes, comme au NumerikFestival. Nous nous sommes regardés et il a lancé leboncoin. Finalement le bureau serait aussi bien près de l’entrée.

C’est comme ça qu’après quelques mails, nous avons pris un ascenseur, un samedi, dans une tour à Strasbourg, une console vieillotte et des jeux sous le bras, le sourire aux lèvres. Nous avons patiemment attendu de trouver un écran avec une prise péritel. Puis j’ai démonté, nettoyé et réparé les manettes. J’ai réussi à en ressusciter deux sur quatre, gardant l’espoir pour la numéro trois qui au pire, servira de réserve de pièces.

Et une fois tout ça branché ensemble, j’ai introduit Secret of Mana dans la console et poussé le bouton Power. L’écran est resté noir. J’ai souri, éteint, sorti la cartouche de jeu, soufflé dessus, je l’ai ré-emboîtée, poussé une nouvelle fois le bouton et le logo Nintendo est apparu. Comme avant, comme il y a si longtemps. J’ai attrapé une manette, je me suis installée par terre, en tailleur. La musique m’a semblé familière, elle m’a enveloppée.  J’ai promené mon petit bonhomme aux cheveux rouges, il a sorti l’épée de la pierre où elle était coincée, il a tué quelques lapins, et je l’ai fait dormir à l’auberge. Comme avant, comme il y a si longtemps.

A l’époque où Antoine avait réussi, à l’usure, à convaincre notre mère de nous acheter la console du voisin. Parfois chacun jouait dans son coin, à Zelda, parfois on se foutait sur la tronche à StreetFighter ou MortalKombat. Mais surtout nous avions Secret of Mana et la possibilité de jouer à trois. Alors nous nous calions dans le petit canapé, collés les uns contre les autres. On se battait d’abord un peu, pour l’attribution des personnages, car jouer le nain qui soigne c’est moins glorieux qu’utiliser la magie d’attaque ou taper à l’épée, puis nous pouvions commencer. Combien d’heures avons-nous joué ensemble. Combien de pseudo-disputes sur la façon de mener le combat. Combien de moments de joie aux victoires contre les boss. Combien de bons moments passés…

Et puis le boss final a été battu, nous avons grandi, je ne sais pas ce qu’est devenue la SuperNes.

Je ne me souvenais plus que nous avions passé de si bons moments. Ensemble. Avant que les événements nous entre-déchirent. Avant la période douloureuse de notre histoire. Aujourd’hui, nos relations sont épisodiques, la faute à la distance certes, mais nous avons évolué différemment, nous ne savons plus vraiment nous parler. Et je donnerais beaucoup pour que nous retrouvions les instants de complicité, l’insouciance et le ravissement que nous avons connus en découvrant Secret of Mana.

A trois. Côte à côte. Coudes contre coudes et les pouces en mouvement.

 


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