Bulle

Deux janvier. C’est férié. Les amis sont partis hier et c’est un matin un peu difficile, un peu triste. Un matin où je traîne au lit, exceptionnellement, après une nuit d’onze heures. Un matin où je regarde Simon s’éveiller, son visage éclairé par la forte luminosité qui traverse les rideaux, grâce à la réverbération de la fine couche de neige tombée cette nuit. Puis je me lève, avec flemme.

Il fait frais, j’allume le feu dans la chaudière. puis alors que la bouilloire chauffe et s’apprête à bipper, mon téléphone me rappelle que j’ai promis hier soir d’aller à la maison de retraite ce matin. Je maudis mon moi d’hier d’avoir repoussé à ce matin, je le maudis de n’avoir pas pensé que j’aurais pu passer la journée entière en pyjama, sans sortir, à errer dans la maison. Mais il faut y aller, je l’ai promis à l’infirmière. Elle a géré une situation difficile hier avec une famille, c’est important que nous fassions le point, et il faut vraiment que nous les convoquions, tout cela n’est pas normal.

Il n’y a dehors qu’une fine couche de neige. Pas assez pour sortir faire de la luge ou un bonhomme. Juste assez  pour devoir nettoyer la voiture et manquer de glisser dans la cour.

J’arrive à la maison de retraite, je dis bonjour aux personnels qui fument dehors. J’entre dans le hall.

Et là, dans un des petits salons, ils sont installés dans des petits fauteuils, leurs déambulateurs à leurs côtés, ils rient, ils sont indifférents au monde qui les entoure, ils ne m’entendent pas dire bonjour, leurs visages sont proches l’un de l’autre, leurs mains s’effleurent, ils se chuchotent des mots qui semblent beaucoup les amuser. Ils se sont rencontrés ici, elle a failli mourir récemment, il est stable depuis un moment. Le soir, il la rassure quand elle angoisse, en restant auprès d’elle après la nuit tombée.

Je monte dans les étages régler les problèmes. Ça prend du temps. Certains s’étonnent de croiser un médecin aujourd’hui. L’ambiance est plus détendue que d’habitude. On se souhaite la bonne année.

Quand je pars, dans le hall, ils sont toujours là, indifférents au monde. Dans leur bulle, souriants, simplement heureux. Peut-être amoureux…

 


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