Dune

C’était un peu comme il y a longtemps. Quand j’allais voir des films chaque semaine ou plus. Dès que j’en avais l’occasion en fait. Le soir. La séance de 11 heures du dimanche. L’après-midi de mes repos de garde. Les sièges sont plus confortables que dans mon souvenir. A l’époque, je ne prenais jamais rien à manger. Tout juste une boisson, et encore. Là, j’ai pas mal hésité entre une glace et des pop-corns. Je me suis calée dans mon siège et j’ai ouvert mon petit pot de Ben et Jerry Peanut Butter. Les pubs ont commencé et j’ai recalculé dans ma tête que ça serait vraiment juste ce soir. J’ai hésité à couper mon téléphone en me disant qu’il ne faudrait quand même pas qu’il arrive quelque chose à Jean-Kévin pendant ce temps. La petite voix dans ma tête m’a dit que ça fait 21 mois que je suis joignable H24 et que je pouvais couper deux heures. Les pubs m’ont semblé duré une éternité et j’ai de nouveau pensé aux bouchons. Enfin, le film a commencé et le son était si fort que ça faisait trembler les sièges. J’ai pensé que ça allait réveiller Boubou. Et puis j’ai souri parce que non, ça ne réveillerait personne. Je me suis enfoncée encore plus fort dans mon siège. Et j’ai été aspirée par la beauté des images, par la musique, par l’histoire. Cette histoire que je connais. Cette histoire que j’ai tellement aimé lire mais il y a suffisamment longtemps pour que je ne me souvienne pas de chaque détail qui pourrait ne pas être conforme au livre.

J’avais prévu d’aller le voir le jour de sa sortie. Et puis il y a eu un couac au travail et j’ai dû reporter. Finalement j’ai tellement reporté que je pensais qu’il n’y aurait plus la fameuse séance de 14 heures. J’avais calculé, vu la durée du film, il ne faudrait pas trop de bouchons après pour pouvoir aller chercher Jean-Kévin. Plus le temps passait, plus ma volonté s’effritait. Ce matin, je devais trouver une tenue pour un mariage pour moi et pour Boubou, alors je suis partie pas trop tard. A treize cinquante, je n’avais pas les chaussures ni le petit haut pour aller avec ce que j’avais trouvé. Mais c’était maintenant ou jamais. J’ai pris une place et je me suis installée. C’est pas tout à fait comme avant : maintenant faut choisir sa place sur l’ordinateur dès l’entrée, un non-sens… J’aimais choisir ma place en entrant, en étudiant la salle, je suis vieille probablement.

Le film s’est terminé et j’ai continué d’écouter la musique. Sauf que la crèche, les bouchons… Alors j’ai rejoint ma voiture et ai vu le GPS ajouter vingt minutes à mon trajet. Puis cinq minutes plus tard, encore cinq minutes. Je suis quand même arrivé à la crèche à temps, et Jean-Kévin n’était même pas le dernier. On m’a raconté qu’il était fatigué et un peu ronchon aujourd’hui, qu’il avait fait des jeux, de la motricité, rien bouffé pour changer, pas assez dormi, fait je ne sais quoi avec des dinosaures, et lui était super fier de me montrer une feuille gribouillée en me disant « osaure, maman ». Je me suis émerveillée, bien sûr, mon fils quel artiste, en me demandant dans quel sens ça se regardait.

On est rentré à la maison. Il a voulu s’asseoir sur le banc devant la maison pour regarder les vaches d’en face, qui, sympas, se sont approchées pour nous voir. Il faisait froid, il ne voulait pas mettre son gilet. J’ai proposé le bain, il voulait lire des histoires, alors on a lu, et puis on a quand même fait le bain. J’ai un peu fait les gros yeux parce qu’il a fait pipi par terre. Il a voulu ouvrir la boite de sable cinétique qu’il a trouvé dans mon sac de courses mais ça ne me paraissait pas le bon moment pour commencer une nouvelle activité. Il était super ronchon, la crèche avait raison, alors on a zappé le repas, fait un biberon, et hop dodo. Il s’est très facilement endormi.

J’ai repensé au film, à ces deux heures trente où, pour la première fois depuis plus de deux ans, je n’ai pensé à rien. Pas à la boite à biscuits oubliée sur la table de la cuisine et qui n’est pas dans le sac de crèche, pas aux vêtements qu’il faut trouver pour Boubou, pas au travail. A rien. Enfin si, à Arrakis, aux vers des sables, au désert, aux Atréides, aux Fremens… Et après, grâce à ça, j’ai été une super maman.

Je devrais faire ça plus souvent.


3 réflexions sur “Dune

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s