Elle fait le résumé de tous les tests que j’ai passés.
J’ai encore cette impression de neurones fondus par la grossesse et par la fatigue. Jean-Kévin ne dort pas. Quelque chose ne va pas. Je ne sais pas quoi et je suis la seule à le penser. Je suis aussi la seule à ne pas dormir. Je sais que quelque chose ne va pas. Je suis épuisée et je me dis que j’aurais pu faire beaucoup mieux aux tests si je n’étais pas aussi fatiguée. Bien sûr, j’aurais dû attendre pour les passer. Que mes neurones reviennent de leurs vacances. Mais c’était le moment pour moi.
Quand Jean-Kévin est né, qu’il a dès le lendemain plongé ses yeux dans les miens, j’ai compris. Ma mère a toujours dit que je suis née avec un regard noir. J’ai toujours cru que c’est parce que j’avais les yeux sombres. Ce n’était pas ça. Quand Jean-Kévin a planté ses yeux immensément bleu dans les miens, j’ai compris ce qu’était ce regard noir, malgré le bleu. Un regard perçant. Un regard qui sonde au plus profond. Et puis il a tenu sa tête presque tout de suite. Les mots de ma mère disant que j’avais toujours voulu tout faire seule, cette petite déception peut-être d’avoir eu dès le début un bébé qui n’en était pas un, je les ai enfin compris. Et j’ai voulu comprendre, me comprendre, le comprendre, l’accompagner, au mieux.
Bref, elle explique. Les tests sur lesquels je pense que j’aurais pu faire mieux avant que mes neurones ne fondent, je les ai réussis, tous, brillamment. Les chiffres sont bien au-delà des moyennes. Elle explique que cela crée une sensation de décalage avec les autres. J’ai envie de pleurer. J’ai passé ma vie toute entière à essayer d’être comme les autres. Je n’y ai jamais réussi. La solitude m’a toujours accompagnée. Au delà de la tristesse, c’est comme un soulagement. Comme si j’avais toujours su mais que je m’étais épuisée à lutter contre. Cette fatigue quotidienne.
Elle me laisse le temps. Et puis elle enchaine, elle parle de troubles du spectres autistiques. Je ne comprends pas. Pas moi. J’acquiesce pourtant. Elle me donne tout le dossier et elle ajoute qu’elle est là, pour m’aiguiller pour la suite, si j’en ressens le besoin, qu’il me faudra un peu de temps.
Je sors du cabinet. Le monde est toujours le même mais je suis différente. Je n’ai plus besoin de m’épuiser à faire semblant. Un poids s’est envolé de mes épaules.
Tu n’avais pas encore fais ces tests? J’imagine que tu as un QI très élevé, j’ai un petit fils, 146, il passe son brevet des collèges il a 13 ans, il a ouvert ses bouquins dimanche mais il est trop sur de lui. Bon courage avec Jean Kévin.
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Si, ça fait un bout de temps, mais c’est difficile de prendre du recul là dessus.
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j’espère que le diagnostic t’aidera et te libèrera. Et te donneras des armes pour aider votre petit bout. pensées de soutien
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Je me soupçonne d’être légèrement sur le spectre mais pas assez pour générer un vrai mal de vivre ou souffrance, mais un décalage oui, très certain ! J’ai accepté ce décalage en moi le jour où j’ai vu de mes yeux vu que ça me venait de mon père. Dès lors que j’ai su que je tenais ça de lui c’est devenu légitime que je sois comme ça puisqu’il l’était aussi. Peu m’importe ce qui est écrit sur l’étiquette, ça ne change rien pour moi, c’est mon héritage 🙂 Je comprends votre soulagement, je l’ai ressenti aussi. Je vous souhaite le meilleur, à vous et votre famille.
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J’ai passé ces tests le 9 février 2022, quelques jours après mes 46 ans (ce jour-là, quelques heures après j’ai aussi passé un test COVID). Je me suis demandée si j’aurais fait mieux sans le COVID, je ne crois pas et puis ça faisait 6 mois que j’attendais ce rdvz. Le 14 février, j’ai eu les résultats, ils ont confirmés ce que je présentais depuis un moment. J’ai mis du temps à oser envisager cette démarche, (c’est un peu « présomptueux » finalement) mais je devais comprendre pourquoi je me sentais décalée, pourquoi j’avais l’impression de ne pas être comprise par les autres. Maintenant je sais, mes résultats ne sont pas tout à fait homogènes, mais ils sont très au-dessus de la moyenne sur le plan verbal. Je comprend mieux certaines choses, même si ça ne résout rien. J’en ai peu parlé autour de moi (mes parents ne savent pas), ma soeur n’a pas du tout été surprise de ce HPI (je n’exclue pas un TSA mais chaque chose en son temps)
Je lis tes postes sur twitter et masto depuis juste avant l’arrivée de ton fils, en lisant ce que tu écris de lui, je n’ai pas trop de doutes sur le fait que lui aussi soit un peu « hors cadre ». Mon métier d’éduc depuis 23 ans me fait peut-être lire entre les lignes 🙂
J’ai eu ce fameux échange de regards avec la fille d’une amie quand elle avait un mois, c’était incroyable, il y a un truc entre elle et moi, ça match et je ne l’explique pas. Elle n’a pas encore 2 ans mais je peux imaginer qu’elle aussi est « hors cadre », c’est une petite nana génial, drôle et sacrément débrouille.
Je te souhaite beaucoup de plaisir mais aussi du courage (les garçons ont moins tendance à se mettre dans le moule que les filles) dans l’accompagnement de JK qui m’a l’air d’être un petit gars génial!
Nathalie (Nath1272)
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Oui, j’ai aussi attendu car je trouvais ça présomptueux. Alors que c’est intéressant. Ca aide à mieux se connaitre. Ca ne change pas vraiment le quotidien mais ça permet de comprendre certaines choses. De s’adapter.
Mes résultats sont très homogènes. Ca a été surprenant car j’ai grandi avec l’adage qu’on ne peut pas être bon en maths et en littérature, mais seulement l’un. Alors j’ai choisi les maths, mais finalement en grandissant, j’écris beaucoup. Et j’écrivais beaucoup petite mais on a dû me dire que ce n’était pas fait pour moi. C’est vraiment le constat de beaucoup de temps perdu…
Je n’en ai parlé qu’à très peu de monde, comme toi. A cause de cette suspicion que ce soit pour se la péter. C’est un nouvel isolement.
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Même chose pour moi, je me pensais plus douée avec les chiffres qu’avec les lettres (en fait les 2 vont très bien 😊) . La partie qui n’est pas homogène c’est le visio-spacial (moyenne +), les 2 autres sont aussi bien au-.dessus. La psy m’a dit « si vous aviez 6 ans, je dirais à vos parents d’aller voir un orthoptiste » Ça m’éclair pas mal sur ma nullité en dessin, même en recopiant je suis nulle, mon cerveau et ma main ne communiquent pas très bien visiblement 😂
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Ce regard, ma fille l’a eu dès sa naissance, immédiatement elle a sondé le monde, tenant sa tête aussi, immédiatement. Je ne sais pas ce que c’est un bébé avec la tête brinquebalante 😀
Je suis contente pour toi que tu puisses mieux comprendre ce décalage, tu vas pouvoir te poser dans ce monde 🙂
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Parfois je vois un bébé en consultation et je me dis non mais boubou ne pouvait pas avoir ce regard, c’est pas possible, et je regarde une vidéo, et si si, il l’avait. Le décalage développemental est important. Aujourd’hui ça saute moins aux yeux parce que d’un point de vue motricité, ils en sont à peu près tous au même stade. C’est quand ils font certaines activités à la crèche qu’on me fait des réflexions. Et puis il s’invente une vie comme moi à l’époque…
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ah et j’oubliais, je suis tellement heureuse de pouvoir te lire à nouveau. Tu manques tant sur Twitter, mais cela aussi je le comprends.
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Merci pour ce post encore très émouvant. Connaissez-vous la BD « la différence invisible » de Mademoiselle Caroline ?
Au plaisir de vous lire encore…
Claire
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Oui, je l’ai déjà lu. Merci.
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