Totoro

Aujourd’hui je ne sais plus si je veux continuer d’être médecin. La médecine m’a beaucoup pris. Beaucoup trop. Mais est-ce la médecine ou la violence des études puis celle des conditions dans lesquelles j’ai travaillé, qui n’étaient pas celles que je souhaitais. Est-ce qu’en travaillant autrement, sous mes conditions, ça pourrait être de nouveau un plaisir ?

J’ai visité un local. Enfin plusieurs, mais surtout un. Un local dans lequel je me suis sentie respirer. Cela ne m’était jamais arrivé. Mon premier cabinet était spacieux certes, mais les couleurs choisies par mon prédécesseur d’une tristesse qui, avec le recul, ne m’ont pas aidée à me sentir bien. Les meubles aussi, sur mesure mais sombres, ne me correspondaient pas. Et malgré le sur-mesure, ce n’était pas fonctionnel, et j’ai eu beau essayer différents sièges, j’ai eu terriblement mal au dos. Le deuxième était beaucoup plus lumineux mais petit. Et l’agencement non modifiable a empiré cette douleur à l’omoplate qui n’a commencé à s’améliorer que depuis que je suis en arrêt.

J’ai reçu de jolis messages qui font part de la tristesse face à l’annonce de ma cessation d’activité. Les mots sont toujours les mêmes : humanité, écoute, confiance, professionnalisme. Cela me touche, sincèrement. Les regrets exprimés valorisent ce travail dans lequel je me suis surinvestie. Ils adoucissent ma douleur actuelle.

Au delà de ça, comment continuer d’avancer en perdant ce statut. C’est étonnant comme un métier peut nous étiqueter. Pour beaucoup je suis « docteur ». C’est moi. C’est moi depuis si longtemps alors si je ne suis plus ça, qui suis-je ? Comment me définir ? Si je ne fais que de la télémédecine, serais-je encore médecin ? Si je ne suis plus que maman, cela me suffira-t-il ?

Par moments, l’envie de reprendre est là. Pas tout de suite, certes. La fatigue est bien trop handicapante. Mais est-ce que j’ai vraiment envie ou est-ce la culpabilité de ne pas savoir d’où viendra l’argent du quotidien ou celle d’avoir laissé les patients… Pour qui ai-je cette petite envie au fond de moi. Est-ce un besoin de contact alors que je me sens si bien seule à la maison. Est-ce l’envie de faire quelque chose. Mais dans ce cas, quoi, de la médecine. Ou autre chose…

Je regarde des dessins animés japonais. Aucun Ghibli ne me résistera. Je n’ai pas trouvé chez Totoro ou ses comparses les réponses à mes questions mais j’y ai compris ce qui manquait à ma vie depuis tant d’années : l’émerveillement, la curiosité, le rêve. Je vais commencer par là. Et rêver à nouveau…


4 réflexions sur “Totoro

  1. bonjour,
    Je suis une petite médecin généraliste du même âge qui travaille en face , de l autre côté du lac . Si tu souhaitais échanger , ce serait avec plaisir .
    maud

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