Air médecine, de brutes en blanc

Je ne sais plus trop pourquoi j’ai fait médecine. Et si vous lisez ce blog de temps en temps, vous devez vous dire qu’il y a beaucoup de choses que j’ai oubliées et beaucoup de décisions prises sans que je me souvienne bien pourquoi. Je suis un poisson rouge certes, mais il y a surtout de nombreux choix qui sont multifactoriels. Enfin bref, j’ai fait médecine. Pas pour faire partie d’une caste de privilégiés, pas pour soigner une blessure personnelle, probablement par envie de faire des études intellectuellement stimulantes et d’avoir un boulot en contact avec des gens.

La maladie de Sachs a été dans mon parcours plus qu’un livre, j’y ai trouvé une sorte de façon d’être dans laquelle je me suis reconnue, une ligne directrice. J’y ai lu ce que je souhaitais y lire. Une médecine respectueuse des patients. Une médecine proche des gens.

Je respecte les patients, comme je respecte les gens de manière générale. Ce n’est pas quelque chose que j’ai appris à la fac, c’est ce que mes parents m’ont appris et ce que, même si je suis de plus en plus anticléricale avec les années, le catéchisme m’a apporté : le respect, la non-violence et le partage.

Lors de mes stages aux urgences puis mes premiers remplacements, j’ai été très vite confrontée à plusieurs problèmes : la surcharge de travail, la tension qui en découle, la frustration, la douleur et l’agressivité que cela peut générer chez les soignants comme chez les patients, envers l’autre ou envers soi-même.

J’ai toujours tenté d’apaiser les situations. Mais il est vrai qu’aux urgences, je n’ai jamais pris le temps d’aller informer la salle d’attente du temps d’attente, parce que je n’avais aucune idée de leur temps d’attente et que je n’avais déjà pas le temps d’aller pisser ni boire. Il est vrai que j’ai été choquée quand un patient m’a menacé de « [m]e crever, salope, je vais commencer par tes pneus » parce que je ne voulais pas le voir entre deux puisque c’était sans rendez-vous, la salle d’attente était pleine, je lui avais demandé d’attendre son tour. Il est vrai qu’il y a quatre ans, lors de mon burn out, j’ai crié sur une patiente et que c’est elle qui m’a consolée, je vous remercie Rose, du fond du coeur. Il est vrai que je n’ai pas appris à gérer les conflits pendant mes études et je n’ai pas appris à prendre soin de moi, j’ai appris après, grâce à mes recherches, grâce à Twitter.

Mais ces derniers mois, Twitter, qui était pour moi un lieu d’échanges et d’enrichissement, est devenu le terrain d’un jeu malsain. Certains y jouent les chevaliers blancs en prétendant défendre les patients, ils dénoncent des problèmes réels certes, mais donnent plutôt l’impression d’être là pour soigner leur ego ou entretenir leur haine envers les médecins. D’autres y encouragent la violence envers les soignants, justifiant des agressions par le fait d’attendre aux urgences ou d’être à leur avis mal soignés, mal écoutés, mal informés. Certains ont même écrit qu’en tant que soignant, nous devrions tout encaisser, les insultes et pourquoi pas les coups, puisque nous sommes les sachants et par là-même en position de force. Des soignants répondent alors au quart de tour, sans tourner sept fois leur langue dans leur bouche, devenant eux aussi agressifs. Des phrases qui devraient rester ignorées tant elles sont idiotes ou justifient la violence se retrouvent retweetées à l’infini et portées aux nues. Chaque jour apporte un nouveau conflit, certains maniant avec art les phrases subtilement provocantes sans être totalement explicites et s’indignant ensuite en disant qu’ils n’ont pas tout à fait dit ce qu’ils ont sous-tendu. C’est l’escalade.

Tout le monde semble oublier qu’il y a des gens derrière les pseudonymes, des patients, des victimes, des travailleurs, des souffrants, des soignants, juste des gens, et pas juste des identités virtuelles à qui ont peut balancer plein de saloperies sans aucun dommage.

La violence dans le soin existe. J’ai été en tant que soignante agressée verbalement et physiquement par des patients. J’ai été en tant que patiente maltraitée verbalement et physiquement par des médecins. La violence existe et rien ne la justifie. Et je ne pense pas qu’il y ait de différence entre les deux. On m’a souvent dit que le soignant est en position de force, je n’ai pas eu l’impression de l’être quand on m’a menacée de « me crever ». Celui qui est en position de force c’est celui qui prend le pouvoir, qu’il soit soignant maltraitant ou patient menaçant.

J’ai aussi eu plusieurs années de consultations agréables et productives ou la collaboration médecin-patient a été bénéfique. J’ai aussi consulté des soignants souriants, empathiques et soutenants. Malgré cela, ce qui reste, ce qui marque une journée, ce qui marque tout court, ce sont ces agressions et ces maltraitances. Quel que soit le côté de la barrière ou on se trouve.

Sur twitter, ces temps derniers, on me dirait que j’aurais dû informer la salle d’attente d’un délai d’attente inconnu et impossible à déterminer. On me dirait que ce patient qui m’a menacée l’a fait car : je ne lui ai pas répondu comme il le souhaitait / il y avait un motif caché. On me dirait aussi que lors de mon burn out, je n’avais qu’à m’arrêter, comme si c’était si facile. On me dirait tant de choses qui seraient loin de la réalité et de la complexité du soin. Rien ne justifie la violence.

Depuis mon arrivée il y a six ans sur ce réseau, j’ai rencontré des soignants bien loin des soignants maltraitants que je lis dénoncés chaque jour maintenant. Tous ceux que j’ai rencontrés ont à coeur de bien travailler, de prendre soin des gens, nombre d’entre eux sont passés ou passent aujourd’hui non loin de la ligne rouge. Dans ma vie de tous les jours, j’ai rencontré de nombreux soignants bien-traitants. On s’entoure de gens qui nous ressemblent, c’est certain. J’ai rencontré aussi des maltraitants et il faut tout faire pour qu’il y en ait le moins possible mais ce n’est pas en agressant ceux qui sont ouverts au dialogue que cela avancera. C’est en recadrant ceux qui sont maltraitants, en leur disant qu’ils le sont. C’est en mettant tout en oeuvre pour encadrer mieux nos étudiants, pour ne pas les maltraiter pendant leurs études, puisque cela se fait encore, c’est abattre le culte du médecin toujours en forme 24/24. Nous pouvons tous devenir de mauvais soignants, si nous allons mal, si nos conditions de travail sont mauvaises.

Chacun de ceux qui tentent de bien travailler se sent sali quand un de ses confrères est maltraitant et c’est une bonne chose, cela signifie que nous ne trouvons pas cela normal et que nous ne sommes pas une caste. Aujourd’hui je crois que la majorité d’entre nous se sent blessé par le titre putassier du nouveau livre de Martin Winckler : Les brutes en blanc. Il surfe sur la vague de cette haine qui prend de l’ampleur envers une « caste de privilégiés ». Que de chemin parcouru depuis la maladie de Sachs. On sent qu’il faut le vendre ce livre. Quoi de mieux que ce titre qui cristallise aujourd’hui le fossé qui se creuse entre les soignants et les soignés. Ce titre qui sera repris par les journaux. Ce titre qui sera retenu par les patients, déjà à cran pour tout un tas d’autres raisons, économiques, politiques. Quel que soit le domaine, la mode est aujourd’hui à montrer du doigt des boucs-émissaires pour éviter de regarder les problèmes. Le problème aujourd’hui est que le système de santé français est devenu maltraitant. Envers les soignants ET envers les patients. C’est pour cela qu’il faut se battre, c’est contre cela qu’il faut se battre. Pas les uns contre les autres.

 

 


27 réflexions sur “Air médecine, de brutes en blanc

  1. Même si j’ai connu la maltraitance qui m’a bcp fait souffrir psychologiquement et que je connais maintenant l’acharnement, car même si elle n’est plus mon MT depuis 2 ans elle continue à essayer de me nuire par tous les moyens, Je n’ai jamais pensé que tous les docs étaient comme ca. Il s’agit d’une personne et on ne peut généraliser. J’ai toujours rencontré, même à l’hôpital des soignants respectueux et gentils que je ne manque jamais de remercier avant de partir que ce soit pour une hospitalisation pour moi ou pour mes parents. Qui que nous soyons nous nous devons le respect. La guerre patients/soignants n’apportera rien de bénéfique. GRAND BRAVO pour ton texte

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  2. Très beau billet plein de sagesse. J’ai envie de vous appeler maitre Yoda. !

    Moi aussi, j’avais eu un choc merveilleux en lisant La maladie de Sachs (je me rappelle même que c’était un cadeau de ma soeur pour mes 40 ans).

    Mais autant les combats de Martin Winckler/Marc Zaffran (sait-il encore lequel des 2 personnages il est ? ) sont parfois justes, autant ses propos sur les médecins en général sont ignobles.
    Ce sont les maltraitances qu’il faut dénoncer, pas les médecins.

    Je pense aussi à un blog d’un interne dont la lecture me bouleversait, qui parlait de réconciliation et qui est devenu juste le contraire.

    Merci à vous pour ce billet !

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  3. Je suis un médecin qui soigne son égo en prenant le partie des patients. Sincèrement je ne crois pas agir plus pour mon égo que tous ceux qui publient leurs opinions. S’exprimer publiquement est toujours un peu pour son égo.
    Je ne défends pas la violence pas plus envers les patients qu’envers les soignants. La violence qu’elle soit physique ou verbale est toujours un échec. Dans les échanges twitter elle témoigne d’une pauvreté voire d’une absence d’arguments. Par contre effectivement je m’attaque à ce que bien avant Martin Winckler Cronin avait nommé la Citadelle. Les médecins forment une corporation, hétérogène certes mais une corporation qui pour beaucoup d’ailleurs résume leur vie. Se sentir sali par des médecins malveillant est salutaire, mais bien insuffisant, le dire, l’écrire est indispensable, par comme un inquisiteur fanatique mais comme un professionnel responsable. Ne pas faire comme certains médecins est certes utile mais bien insuffisant. Une meilleure formation est nécessaire comme soulignée dans le billet, mais un changement complet est aussi indispensable. Un médecin n’ a pas à être un notable, il est déjà favorisé par sa position sociale,inutile d’y ajouter une volonté de reconnaissance automatique de part son statut d emédecin. Un médecin n’a pas non plus à être adoré de ces patients l’adoration est le domaine de la religion. Un médecin se doit d’être un professionnel qui apporte ses compétences, incluant la relation, aux patients et à la société. Il cesse d’être un médecin quand il ne travaille pas. Jai été un peu long, un peu lyrique, peut être trop passionné, mais je le suis par ma profession, et aussi reconnaissons le un peu par mon ego
    Un billet plus détaillé est en cours je posterai le lien dans un autre commentaire

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    1. « Il cesse d’être un médecin quand il ne travaille pas. » Je ne crois pas.
      En famille, en vacances, avec les voisins, on est tout le temps interpellé pour un avis, une explication, une adresse de collègue. Et notre façon de penser est aussi influencée par nos connaissances médicales. La façon d’écouter les gens aussi.
      Je n’ai pas de blog, pas de compte twitter, je n’en ai pas besoin, je ne demande pas de reconnaissance, je suis reconnue. Au point d’éviter de dire que je suis médecin au début d’une relation, car cela modifie aussitôt les rapports.

      Le problème de Winckler, c’est qu’il traite les médecins comme il leur reproche de traiter les malades : il leur assène SA vérité, sans remettre en cause cette vérité, sans se demander pourquoi ils ne font pas comme il leur dit. (remplacer médecin par diabétique ou alcoolique, vous comprendrez tout de suite ce que je veux dire, si vous avez des notions d’éducation thérapeutique).

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      1. Nous sommes médecins mais différents, ce qui est une richesse comme toute différence. Je ne suis médecin que par les soins que j’apporte aux autres. Hors de ma pratique, je suis un individu certes influencé par mon métier, mais aussi par d’autres choses. Et comme je l’ai écrit je cesse d’être médecin en dehors de mon temps de pratique, c’est pour moi une nécessité d’éviter de réduire ma vie à un statut professionnel. Je ne critique pas ceux qui restent un peu médecin mais je refuse de l’être en permanence.

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  4. Très beau post, le monde se porterait mieux si il pensait comme vous.
    La société est brutale, et stigmatiser telle ou telle population ne fait qu’aggraver cette brutalité ambiante, merci pour votre analyse juste et bienveillante de la profession.
    Continuez votre combat contre la maltraitance en tout genre.

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  5. Je ne sais plus pourquoi j’ai fait patiente.
    Des fois je me dis que je vais arrêter, parce que franchement c’est désagréable, parfois insupportable.
    J’ai cotoyé depuis mon enfance, en trois décennies de maladie chronique, des médecins exemplaires, d’autres qui faisaient juste leur job aussi bien qu’il pouvaient, et enfin d’autres, simplement et totalement maltraitants.
    Ceux là existent. Ils n’est pas rare de les croiser. Il faut les dénoncer.
    Les dénoncer ne doit pas atteindre les autres. S’ils se sentent visés, c’est que le corporatisme, la citadelle, passent avant tout le reste, ce qui fait partie de ce que dénonce Martin Winckler. Dans l’évidence based medicine, on admet la loi des grands nombres, on admet la variance, on admet que la médiane n’est pas toujours le reflet de l’ensemble de l’échantillon.
    Les médecins et les patients qui ont des valeurs communes, qui croient en une meilleure médecine, doivent s’unir pour la défendre. Cela passe par la dénonciation de tous ceux qui, par leurs actes, la discréditent, y compris les médecins maltraitants. Reconnaître que les difficultés existent, c’est la première étape pour espérer les résoudre.
    Contrairement aux médecins, les patients n’ont pas choisi d’être là. Ils ont le droit, voire le devoir, d’attendre beaucoup.

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    1. « S’ils se sentent visés, c’est que le corporatisme, la citadelle, passent avant tout le reste »
      Non. Cela s’appelle l’amour-propre.
      Essayer avec d’autres professions :
      Dites devant un prof qu’à l’Education Nationale on est tout le temps en vacances, devant un fonctionnaire qu’il est un privilégié, devant un inspecteur des impots que les impots c’est du vol organisé, vous verrez s’ils ne se sentent pas blessés.

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      1. Euh… essayez donc d’essayer avec un « z »: je suis journaliste et éditrice de presse et j’en ai les yeux qui saignent. Quand à ce que vous appelez de l’amour-propre, il s’agit bel et bien de corporatisme et d’absence de construction de soi hors du groupe. Toute la journée j’entends que les journalistes sont tous des « c…..ds » et ne sens pas visée pour autant: peut-être ai-je ma colonne vertébrale bien à moi?

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      2. @amelie poulain : euh, je crois que vous avez oublié « me » à 3 lignes de la fin 😉
        Et votre diagnostic est exact : j’ai le disque L5S1 abîmé et j’en ai plein le dos ! 😀

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  6. Merci pour le plaisir de vous lire, chaque blessure partagée nous permet de ne pas se scléroser. Je garderai les chroniques efficaces de Marc ZAFFRAN et oublierai la haine de Martin qui court les moulins pour ne pas s’avouer ses mauvais choix…
    Rien ne sert de fuir pour déboulonner les Mandarins. Ils se reproduisent entre eux et envahissent les hôpitaux mais en haut pas en garde aux sous-sols des urgences…
    Gardons espoir, ma fille rêve de prendre du service aux PU MED de sa ville.
    Encore merci pour ce partage depuis le pays des « ou bien »
    Homeopotard

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  7. Bonjour

    Une remarque : combien de ceux qui commentent, ont lu le livre de Martin Winkler?
    En d’autres termes, y-a-t-il des commentateurs d’un livre qu’ils n’ont pas lu ?

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    1. Le livre étant paru hier, peu l’ont lu. Je ne parle pas ici de son contenu. Mais de son titre. Et je crois que c’est ce titre qui est problématique. De par ce qu’il promet.
      Pour ceux qui suivent Winckler sur Twitter, nous en avons parlé avec lui cet été, quand il avait montré la couverture. Il ne l’a pas changée.

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      1. Le titre est provocateur, mais un livre peut-il être réduit à uniquement son titre?
        Le titre a-t-il été choisi par l’auteur ou l’éditeur?
        Un titre n’est-ce pas quelque part du « marketing » bien loin parfois de ce qui est écrit « réellement  » dans le livre ?

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  8. C’est curieux comme les médias donnent beaucoup plus de place à ceux qui dénigrent les médecins, qu’à ceux qui essaient de les défendre. Bizarre, comme c’est bizarre. Ca doit être comme l’histoire des trains qui déraillent et ceux qui arrivent à l’heure.

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  9. Très beau texte, bien écris, avec des tripes et du coeur, dont la conclusion replace le débat sur un problème plus central « Le problème aujourd’hui est que le système de santé français est devenu maltraitant. Envers les soignants ET envers les patients ».

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  10. Je suis desespéré.
    Dans les EPHAD, la maltraitance (petites maltraitances quotidiennes, je parle) se généralise au grand dam de ceux qui l’exercent.
    Dans la médecine, la maltraitance (petites maltraitances, quelquefois appelées par certains maladresses mais perçues par les patients comme matraitances) se généralise au grand dam des médecins qui la pratiquent.
    Peut-être faudrait-il se poser les bonnes questions ? le temps, le temps … si nous avions le temps d’écouter, d’expliquer, d’éduquer tout serait si différent. Message pour nos dirigeants …

    Tout cela, c’est mon combat quotidien.
    Prendre du temps, mais ca devient de plus en plus difficile, noyé sous une simplification administrative qui n’en ait pas une, noyé sous des demandes de plus en plus surprenantes de la part de patients qui n’en sont pas vraiment.

    Le remède à tout cela, c’est le temps … Nous voulons du temps pour pouvoir soigner nos patients qui ont réellement besoin de nous.

    Pensez vous vraiment que le corps médical actuel correspond à des nantis issus de la bourgeoisie …?
    Vous êtes à côté de la plaque, ouvrez les yeux …

    Docteur ‘s rhinopharyngites qui rêvent de passer un maximum de temps avec ses vrais patients …

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