Aube

 

aube

Allongée sur le canapé, emmitouflée dans le plaid en fausse fourrure, aussi doux que s’il était vrai, je caresse négligemment le chat. Son pelage est doux comme le plaid, ou l’inverse, les limites entre les deux sont floues. Il s’étale pour profiter encore mieux des caresses et ronronne.

Il est très tôt. Il fait déjà bon dans la maison. Le thermostat devrait pourtant seulement passer maintenant en programme jour et commencer à relarguer l’eau chaude de la citerne dans les radiateurs de la ferme. Il est possible que l’air s’étant radouci dehors, nous n’ayons plus besoin de remplir autant la chaudière de bûches le soir finalement, et que le système, en sur-production, relargue de l’eau chaude toute la nuit. Il nous faut encore un peu de temps pour nous adapter…

Je regarde mon thé refroidir. Si je m’agite, le chat partira. Mais boire du thé froid… Je me penche, tentant de bouger le moins possible, afin d’attraper la tasse. C’est un succès. Le chat n’a pas bronché.

Mon regard se pose sur ce livre qui n’avance pas. Est-ce que ça tient au livre ? Ou ai-je seulement besoin de temps pour ne pas suivre les pensées de quelqu’un mais seulement laisser divaguer les miennes. En arrivant ici, j’ai lu tellement, j’ai été portée, éloignée de mes souvenirs et de mes préoccupations par l’imagination d’autres… J’ai eu besoin de rattraper ces années passées trop violemment en contact avec le réel et à la fois tellement déconnectée de celui-ci…

Il semble que je sois retombée sur terre, et qu’il faille maintenant prendre le temps de cicatriser les plaies, de me pardonner l’échec, d’enterrer ma culpabilité. Prendre le temps. Malgré l’urgence de profiter.

Il fait nuit dehors, mais déjà le soleil derrière la colline crée un contre-jour qui découpe la forêt et la ferme d’en-haut sur un ciel d’une couleur encore mal définie, comme un théâtre d’ombre. Tout est encore plongé dans une certaine torpeur. On ne distingue pas grand chose dans cette grande masse grise.

Petit à petit, lentement, le contre-jour se fait plus marqué. La ferme semble de plus en plus noire, pendant que le jour derrière est de plus en plus présent.

Je bois mon thé, gorgée après gorgée, patiemment.

Arrive enfin le moment attendu, quand les rayons du soleil rasent enfin la crête. D’un coup, on a l’impression que le temps s’accélère. Le soleil s’élève rapidement dans le ciel. Les champs sont inondés de lumière.

Le jour est levé. Il est temps d’aller petit-déjeuner.


3 réflexions sur “Aube

  1. Et, elle semble bien belle cette terre. Moi, qui ne sait pas aimer les chats, je me laisserai bien tenter à glisser mes doigts sur cette douceur et le thé je l’aime presque froid. Toujours autant de plaisir à voir apparaître dans ma boîte mail [Nouvel article]

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  2. Une fois de plus un très joli billet qui donne presque l’impression d’être avec toi regardant le jour se lever. Moi j’aime les chats, les mains dans les fourrures, je boirais plutôt un café.

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