Assis là.

On était tous les trois là, assis côte à côte. Il faisait un peu trop chaud. Je jouais avec mon stylo. On écoutait ce gars nous parler de bactéries, de foyers infectieux mondiaux, d’antibiorésistance. Une pointure en la matière. Ce qu’il racontait était un peu flippant pour l’avenir.

Mon regard a quitté l’écran et j’ai regardé mes genoux. Et leurs genoux. L’un avait les bras croisés, l’autre les mains posées sur les cuisses. J’ai regardé nos cuisses, de longueurs et diamètres différents. Puis nos chaussures, différentes elles aussi les unes des autres, par leurs pointures, leurs formes, leurs couleurs. Un ensemble hétéroclite.

Et je ne sais pas pourquoi c’est à ce moment-là que j’ai pensé c’est fou, on est assis là tous les trois, tous les trois si différents dans nos parcours, dans nos façons de travailler, dans nos vies, dans nos façons d’appréhender les évènements. Et on est côte à côte et après on va se parler, et demain on travaillera de nouveau ensemble, comme aujourd’hui, et le jour d’après aussi, et même on se posera des questions, et on boira des cafés. Je me suis dit c’est complètement fou.

J’ai repensé à ce moment où ExAssocié était rentré dans mon bureau en pleine consultation pour me hurler dessus, ou à celui où il m’a dit que je ne serai jamais un bon médecin et qu’il serait temps que je comprenne qu’il ne m’adressait plus la parole, et à tous ces moments où j’aurais eu besoin de pouvoir demander son avis à quelqu’un.

J’ai regardé nos trois paires de genoux. J’ai pensé que je ne sais pas ce que nous réserve l’avenir, et que bien sûr tout peut rapidement changer, mais là à cet instant j’ai compris que maintenant, à ce moment, j’étais exactement où je devais être.

Et j’ai souri.


8 réflexions sur “Assis là.

  1. Wow, quelle violence ! Vous avez en effet bien fait de vous sauver, dans tous les sens du terme. Quelqu’un capable de parler comme ça à son associée, je n’ose imaginer ce qu’il fait à ses patients !

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  2. Et surtout, surtout, si tu avais continué un moment encore avec lui, tu aurais perdu l’envie d’exercer. Heureusement que tu as quitté cet homme malsain et que tu es allée dans les verts pâturages suisses 🙂

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  3. Bonjour,
    C’est toujours un plaisir de vous lire : au fur et à mesure de votre description, on imagine sans peine les genoux, les chaussures, puis la pause café. On s’attend à une suite tranquille, quand soudain surviennent ces agression verbales d’une violence inouïe !
    Bien sûr qu’il fallait partir, mais au lieu de fuir dans un autre département, vous avez eu de « sacrées tripes » pour partir à l’étranger. Vos belles conditions actuelles d’exercice , c’est vous qui les avez créées en allant les chercher et en prenant des risques.
    Je vous souhaite « tout de bon » !

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