Et plus dure sera la chute

Savoir.

Savoir au fond de moi. Sentir au plus profond de moi. Depuis plusieurs jours.

Après avoir respecté toutes les consignes, à la lettre. Après avoir tout donné, adapté mon emploi du temps, couru aux rendez-vous. Après avoir tant espéré, tant projeté. Après l’avoir vu sur un écran. Après lui avoir parlé. Savoir qu’il n’est pas resté. Espérer encore pourtant. Espérer un miracle.

Relire Bhcg < 5. Noir sur blanc.

Me raccrocher à l’idée de nidation tardive. Mais savoir quand même que même dans ce cas… Entendre résonner dans ma tête « on en met un car les chances de réussite sont élevées ». Avoir envie de taper dans un mur. Chances élevées, tu parles.

Me demander ce qu’on a fait de mal, quels monstres on a pu être dans des vies antérieures pour mériter ça.

La hauteur de la chute, après être montés si haut dans l’espoir et le bonheur des chiffres pour une fois. Encore quatre au froid. Plus que quatre.

Regretter finalement d’en avoir parlé autour de moi cette fois-ci. Parce que je n’ai pas envie d’endurer la bienveillance des gens et leurs mots toujours maladroits, souvent blessants, les ça finira bien par marcher, les mais vous allez réessayer, qu’en savent-ils, que connaissent-ils de l’intensité des sentiments par lesquels on passe, leurs tentatives de se libérer de leur propre culpabilité d’avoir réussi sans effort. Parce que je sais que parfois ça ne marche pas, et que personne ne sait pourquoi. Et que c’est tombé sur nous.

A quel moment ai-je pu croire sincèrement que plus il y aurait de monde qui croiserait les doigts, plus les chances augmenteraient. Quelle naïveté.

Recevoir encore les factures des échographies, des prises de sang. Payer. Le prix de l’échec. Encore et encore.

Ne même pas avoir la force de lui dire, à lui, celui qui partage ma vie. Parce que je ne veux pas le voir pleurer. Parce que je l’aime tellement.

Me demander pourquoi. Culpabiliser de ne pas avoir réussi à retenter avant, plus jeune. Il parait que finalement le plus important c’est l’âge des ovocytes. Sentir le poids des années et celui des statistiques. La violence de cette culpabilité.

Avoir mal au plus profond de moi. Sans aucun mot qui apaise. Sans rien qui puisse adoucir la douleur. Avoir tellement mal.

Tenter de nous projeter dans des vacances. Chercher une destination. Parcourir des sites, regarder des photos, des mers bleu azur, des montagnes vertes… N’avoir envie d’aller nulle part.

Avoir juste envie de me rouler en boule sous un plaid et un chat qui ronronne et pleurer.

Continuer de vivre. Tenir debout. Ramper plutôt.

 

Publié dans PMA