Mauvaise mère

Mon téléphone sonne en pleine consultation. C’est la crèche. Jean-Kévin a de la fièvre. Encore. J’ai déjà dû jongler la semaine passée et le garder toute la semaine. Et là il est sous antibiotiques pour cette infection urinaire. Je pensais que c’était bon. Tout roulait. Le week-end s’était bien passé. L’animatrice me demande de venir le chercher. J’explique que, là, non, vraiment, je ne peux pas. Je dois voir ceux dont j’ai repoussé les rendez-vous la semaine passée. Elle dit que ce n’est pas normal, que je devrais venir. Je lui demande de donner du dafalgan et je viendrai après. Ça ne la satisfait pas. Une demie-heure plus tard, elle me rappelle en me disant qu’elle a discuté avec la directrice et que ça va pour cette fois. Je raccroche et j’ai envie de pleurer.

Je finis mon après-midi, en faisant au plus vite. Mais évidemment, les patients sont tous présents et « ne sont pas venus pour rien, hein, docteur ».

A l’heure prévue initialement, je cours du cabinet à la crèche. Quand j’arrive, je suis essoufflée et ma culpabilité est totale.

Devant moi, il y a un papa. Il dit bonjour je viens chercher Maëlys. Et là, l’animatrice lui dit mais elle n’est jamais là le mardi. Il y a un doux moment de flottement. On sent qu’il réfléchit. Et puis il dit ah oui elle doit être chez la nounou et il dit au revoir.

Je souris dans mon écharpe. Nous espérons tous qu’elle est effectivement là-bas.

C’est mon tour. Jean-Kévin a la pêche, il court partout. Il ne veut pas venir, il ne veut pas rentrer. On m’informe que demain il faut que je le garde.

Je range ses affaires et je l’habille. Nous rentrons à la maison.

Sur la route, je repense à ce petit moment. Bon, ça va, même si je ne peux pas toujours accourir à la minute, au moins, je sais toujours où je dois aller chercher Jean-Kévin. On a tous nos points forts.


7 réflexions sur “Mauvaise mère

  1. Je crois qu’en Suisse les mères qui travaillent ne sont pas vraiment bien vues. C’est toujours l’angoisse lorsque tu as un enfant petit, le risque qu’il soit malade au réveil, et devoir jongler pour trouver quelqu’un qui pourrait le garder. Comme toi, ma famille était très loin, donc je ne pouvais pas compter dessus (bon en plus ma mère m’avait dit dès qu’elle avait appris que j’étais enceinte qu’elle ne garderai jamais mon enfant 😅), et je bénissais le ciel, lorsque je trouvais une voisine qui pouvait faire le job. Ce n’est pas d’être une mauvaise mère, c’est simplement que rien n’est fait pour que nous puissions vivre sans angoisse constante qui est usant.

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  2. Pas simple, pas simple… Je crois qu’à un moment donné, il faut aussi indiquer que non, on n’est pas au foyer et que donc non, là, à l’instant T, ça ne va pas être possible. A elle de trouver une solution, c’est moche, on se sent coupable, mais honnêtement, bizarrement, la solution proposée (donner un dafalgan) a suffit…
    15 ans après, j’ai encore cette « boule au ventre » de ces appels quand ils étaient petits… A contrario, on m’a TOUJOURS appelé pour des trucs pas graves, mais pour les 3 accidents plus importants, on l’a su tardivement à chaque fois… Maintenant, je relativise, et je vois en fonction de la gravité (petit saignement de nez, genou égratigné etc).

    Mais il est clair que rien n’est fait pour être serein dans son travail…

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