Instant café

Je me suis assise sur la marche, mon café à la main, tentant de reprendre ce rituel qui m’avait permis d’aller mieux après la naissance de Boubou. Il faut croire que j’ai à nouveau perdu pied puisqu’il faut envisager de prendre soin de moi de façon ferme : opérer cette cheville, rester calme et rééduquer pendant deux mois. Ne rien faire que cicatriser. Encore.

Je sens le contact dans ma main de cette si petite mais si lourde tasse, achetée pendant les vacances, un coup de cœur qui m’a immédiatement fait penser que ça serait super pour ces petits moments-là. Le vert et le rouge de l’émail. Son velouté sous les doigts. Le poids dans la main. La sensation de tenir quelque chose de précieux. Cosmo s’approche, il miaule comme une porte qui grince. Malgré ce son désagréable, il est très affectueux et le toucher est doux. Mon regard se porte sur les petits panneaux du fond du jardin. Notre cimetière. Il n’y a pas encore de panneau pour Godzilla. Simon a peut-être raison, nous aurions eu besoin d’une période de deuil. S’ajoutera bientôt une rate que la pneumonie chronique finira par emporter.

L’air est frais sur ma peau. Je profite. Demain en Alsace il fera extrêmement chaud. Et je ne supporte pas la chaleur. Ça signifiera aussi de retrouver Boubou. Je suis partagée. Son absence m’a fait prendre conscience de la charge qu’il représente. Depuis qu’il est né, il demande de l’attention à chaque seconde. C’est lui qui décide du rythme de notre vie. Et il impacte fortement mon sommeil. Il me manque mais j’aurais apprécié quelques jours seule, sans Simon, sans Boubou. Là je vais en quitter un pour récupérer l’autre. Il faudra que j’organise ça autrement l’année prochaine.

Déjà je suis très ennuyée par sa lésion de joue, qu’il faut enlever, mais comme ça, sous anesthésie locale, j’ai du mal à me sentir sereine. Et puis il va falloir l’emmener pour ses dents, ces soins pour la déminéralisation. Non pas que ce soit difficile, pour ça il est très coopérant. Mais cette fragilité dentaire m’embête pour son avenir. Les rendez-vous sont pris mais il faut jongler entre ça et mes rendez-vous pour mon pied. Depuis quand ne suis-je pas allée faire contrôler mes rétines…

La fraicheur sur ma peau me fait du bien, elle m’apaise. Hier après-midi, quand je suis sortie sur la terrasse, il faisait extrêmement chaud et la luminosité était étrange. J’ai été submergée par l’idée que ça y est, c’est la fin du monde. Je croyais que je gérais mieux mon éco-anxiété. Apparemment, pas.

J’ai cassé une corde de violoncelle hier. J’ai retrouvé une vieille corde de sol mais l’installer vaut-il la peine. Je pars demain, je pensais emmener mon instrument mais cela signifie lui faire subir les chaleurs. Et la nouvelle corde arrivera peut-être juste avant mon départ. Ou peut-être pas. Que c’est compliqué.

Pas étonnant que je me casse un pied tous les trois ans en fait. Réfléchir autant. Pour tout, tout le temps. Bon, on verra aussi ce que conclue l’ostéodensitométrie. Mes os sont-ils fragiles ou ne sont-ce que des hasards malheureux ?

Pour le moment, je vais déjà aller laver ma tasse puis préparer ma valise. Et tenter de ne pas oublier ce que j’ai promis à Boubou de lui apporter.

Tant de choses auxquelles penser…


Laisser un commentaire