Fraîcheur matinale

J’ai posé mes fesses sur la marche. Elle est vraiment froide ce matin. Je savoure ce petit moment ancré quotidiennement dans mes habitudes.

Je ferme les yeux. Je caresse la tasse dans ma main. Je hume l’odeur du café. Je ferme les yeux. Je respire.

Ce matin, on entend les cloches des vaches qui sont revenues hier des alpages. C’est un son régulier. Au loin, un meuglement provenant d’un troupeau plus éloigné. Les vaches meuglent rarement, elles sont flegmatiques. Le chant des oiseaux dans le saule est lui bruyant et quotidien. Aujourd’hui cependant, pas d’agitation, personne ne volette dans les buissons. Le froid ralentit tout. Je savoure la sensation chaude de la polaire sur mon dos.

J’entends un chat accourir. Au miaulement, je sais que c’est Cosmo. Il s’installe sur la marche, tout contre mon pied. Peu après, son frère arrive, se frotte contre moi, se pose à côté de nous pour quémander quelques gratouilles puis va s’installer plus loin.

Je bois une gorgée et j’ouvre les yeux. Je caresse la tête du chat. Il se blottit encore un peu plus contre moi. Je regarde le ciel. Le soleil se lève derrière la maison et ses rayons se réfléchissent sur les quelque nuages en face de nous. L’herbe semble humide. Je ne vois pas bien le pluviomètre, je doute qu’il ait plu. Je n’arriverai pas à faire la serre avant mon opération, trop de choses à finir avant. Je ne suis toujours pas allée regarder les raisins. Les couleurs dans les nuages sont magnifiques.

Je referme les yeux. J’écoute. Je ressens.

Mais les pensées affluent dans ma tête. Je pense à ce rendez-vous chez la dermatologue chez qui l’ablation de la drôle de lésion de la joue de Jean-Kévin s’est si bien passée. Je revois notre rendez-vous chez la psychologue où il est devenu complètement fou, il n’y a pas d’autre mot pour décrire ce que nous avons vécu, il a maltraité les doudous présents continuellement, violemment, n’acceptant que par instants de répondre à quelques questions, jusqu’à saigner du nez tant le défoulement fut intense. Je ne pensais pas sa rage si intense et refoulée. Certaines choses en sont sorties qui vont permettre de l’accompagner mieux. Et il y retournera. J’avais déjà hésité à appeler en fin d’année passée, c’était reculer pour mieux sauter. Il a choisi les doudous qu’il pourra maltraiter en rentrant de l’école pour tout lâcher. Il m’a demandé de lui trouver un punching ball. Je vais parler avec sa maitresse. Et croiser les doigts.

J’ai froid aux fesses. Le chat se lève, s’étire et va rejoindre son frère. Je me lève aussi et je rentre.


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