En attendant la pluie

Dimanche, 17h30.

Après une après-midi passée à nager et barboter, j’enfile mon pyjama tout neuf. Puis je sors sur le parking pour faire signe à Simon qui emporte sa mère à la gare.

C’est à ce moment que, devant la maison, passe LeVieuxQuiBoite. Il lève un sourcil, me fait un signe de la main, puis semble penser que c’est l’instant parfait pour venir papoter, avec moi et mon pyjama. Il a un accent marqué et parfois des expressions que je ne comprends pas…

– B’jour.

– Bonjour, comment allez-vous ?

– Ça va, ça va.

Sa peau est brûlée par ces journées passées à remuer les foins pour les sécher avant de les ramasser. Je serais assez tentée de lui proposer de porter au moins un chapeau, vu que je le vois toujours travailler sans. Il a quelques lésions cutanées du scalp que j’examinerais bien de plus près. Aujourd’hui pendant que je trempais, il n’a pas arrêté une minute de remuer les foins.

– Alors le champs d’en dessous, vous allez finir avant la pluie ?

Il regarde le ciel et répond :

– Ça va peut-être tomber plus loin. Ça tombe souvent plus loin. Et non, ce soir on arrête, ils sont partis faner plus loin, sur le champs de Charles, là-bas.

Il fait un geste vague, vers le lointain, et il ajoute :

– On fait souvent comme ça.

Comme ça… Comment ? Je ne sais pas trop en fait. Nous regardons tous les deux le ciel de plus en plus sombre. Nous attendons que l’orage tombe.

– Ça va la jambe ?

– Oh faudra bien changer le genou un jour.

– Le genou ? Je pensais que c’était la hanche ?

– Non, non, les hanches, c’est fait, l’autre genou aussi, j’attends

– …

– …

– Vous travaillez beaucoup, sept jours sur sept, c’est difficile comme métier

– Boh non, quand j’étais petit, c’était pire. Pour le lait, fallait monter à la laiterie à pied en tirant la charrette, jusque là-haut. J’allais avec le chien. Et la route c’était pas du bitume, c’était de la terre, c’était pas pareil à l’époque. Vous savez, paysan, quand on est fatigué, on fait une pause.

Je le regarde, je me demande à quels moments il fait des pauses. Il ajoute :

– Ma petite fille fait infirmière maintenant, ça c’est difficile.

J’acquiesce. Mon regard se tourne vers la ferme d’à côté, suite à un bruit. Alors il dit :

– Ils rénovent, c’est pour ça qu’il y a les bennes, depuis qu’il a une copine, ça bosse. Mais c’est pourri là-dedans.

– Ah. Je pensais qu’elle était à vous cette ferme avant.

– Oh non, la vôtre était à moi, avant, je suis né dedans.

– Oui ça je me souviens.

Puis c’est le silence, quelques gouttes commencent à tomber, quelques gouttes fines.. Il demande :

– Ca fait longtemps que vous êtes là ?

– Pas très, deux ans.

Il a l’air surpris. Je me demande si c’est parce que nous avons acheté vite ou si c’est parce qu’il ne voit plus le temps passer…

– La journée est finie ?

– Pas encore, je monte m’occuper des veaux.

– Vous avez des veaux, vous ?

– Boh, pas vraiment, je m’en occupe, on a des génisses, c’est les veaux de Martin

Je ne comprends jamais rien à ces histoires, les champs d’Untel, les veaux de Machin, les prix du lait, les histoires entre les fromageries…

La pluie tombe maintenant bien… Je dis que bon ben bonne soirée hein. Il fait un signe de tête, et il s’éloigne sous la pluie, allant nourrir les veaux, ceux de Martin.

En rentrant, je souris en me disant que la vendeuse de pyjama avait raison, « il est très beau ce pyjama, on pourrait même sortir avec »…


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